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Article publié le 22 avril 2010 sur les coulisses de la bataille de l’uranium en Namibie.
Swakopmund est un petit morceau d’Allemagne parachuté en Afrique australe. Architecture allemande d’opérette, église luthérienne, bâtiment hohenzollern, allemand classique parlé comme il y a un siècle, monument aux morts à la mémoire des soldats allemands de 14-18 et 39-45, apfelkuchen à volonté et la Kaiserstrasse comme avenue principale. Le souvenir de la colonisation allemande est intact.
Aujourd’hui Swakopmund est la ville la plus blanche et la plus blonde-aux-yeux-bleus d’Afrique. Quelques dizaines de milliers d’âmes, et des 4×4 partout. Cette station balnéaire germanique est perdue au coeur du désert torride du Namib, au bord des courants glaciaux qui remontent de l’Antarctique. Comme San Francisco, Swakopmund est souvent nimbée de fog. A moins d’être un phoque, on ne se baigne donc pas. Le cadre est magnifique mais inhospitalier. Un peu plus au nord, se trouve la bien nommée côte des squelettes. Une trentaine de kilomètres vers le Sud on arrive à Walvis bay, l’ancienne enclave sud-africaine. Le port. The One. Le seul port en haut profonde de l’immense côte namibienne (la Namibie est grande comme une fois et demi la France).
L’Iran deuxième actionnaire
Mais la grande activité de la région c’est l’uranium. A quelques dizaines de kilomètres de Swakopmund, en plein désert , se trouve la mine à ciel ouvert de Rossing. 4000 tonnes d’oxyde d’uranium extraites par an et exportées par le port de Walvis Bay. L’exploitation est assurée par Rio Tinto, le géant minier anglo-australien. Le deuxième actionnaire de la mine est l’Iran à hauteur de 15%. Lors de la révolution de 1979, la République Islamique a en effet hérité du placement fait par le Shah au milieu des années 70 à l’ouverture de la mine. C’est cependant le gouvernement namibien qui contrôle l’ensemble (avec 51% des votes et 3% des actions) et gère les autorisations d’exportations. Sauf incidents de parcours.
Washington est très inquiet
Au début de l’année, une délégation de l’ambassade américaine a en effet décollé de Windhoek, la capitale namibienne, pour un déplacement très spécial. A bord de l’avion qui survole le cratère excavé de Rossing avant de se poser dans le désert aux environs de Swakopmund, a pris place une équipe du Global Threat Reduction Initiative (GTRI).
Alors que l’ambassade US effectue des visites régulières auprès de la direction de la mine d’uranium, c’est la première fois que le commando du GTRI (*) intervient. Un message diplomatique mais ferme est transmis au management de la mine de Rossing. En substance: "Washington est très inquiet, votre site est une vraie passoire, il va falloir changer tout cela et resserrer les boulons côté sécurité". Un petit fait divers survenu quelques mois plus tôt est le détonateur du "saxo" passé par les américains à Rio Tinto.
Vol de 170 kg d’uranium
Le 4 septembre 2009, par une belle journée, une patrouille de police namibienne du commissariat d’Erongo arrête 3 invidus lors d’un contrôle sur la route B2 qui mène au port de Walvis Bay en passant par Swakopmund. Lors de la fouille du véhicule, les policiers mettent la main sur des bidons contenant 170 kg d’uranium. Garde à vue, interrogatoire. Les 3 types habitent le coin, deux sont des employés de la mine, le troisième est un militaire de la NDF (Namibian Defence Force) ce qui fait désordre. Les lascars disent qu’ils pensaient revendre le tout pour 35 000$. Leurs domiciles sont fouillés, on trouve trois autres récipients contenant encore quelques kilos d’uranium. Pas de quoi fouetter un chat au pays de l’uranium (la Namibie est l’un des plus gros producteurs mondiaux). Fin de l’enquête, les autorités retiennent le mobile crapuleux, les temps sont durs, et libèrent les 3 pieds nickelés sous caution de 5000$. D’où la descente furibarde du GTRI quelques mois plus tard à Rossing pour une petite remontée de bretelles.
Areva recrute
Sur ces entrefaits, Areva , la société dirigée par Atomic Anne, vient d’annoncer la construction d’une usine de dessalement à Erongo (citée plus haut). L’eau sera destinée à faire tourner une nouvelle grande mine d’uranium à ciel ouvert sur un site grand comme la moitié de Paris . Ecologie oblige, on ne touchera pas aux nappes phréatiques namibiennes qui sont les plus pures du continent, du moins jusqu’à présent. L’eau nécessaire à l’activité industrielle viendra donc du dessalement. La future mine ouvrira à Trekkoppje, non loin de Swakopmund. L’objectif est de produire 3000 tonnes d’uranium par an à partir de 2012 pour une durée de 12 ans. 1250 employés (90% sont namibiens) travaillent actuellement sur le projet, dont plusieurs centaines de sous-traitants pour les opérations minières. Areva annonce que 200 nouveaux postes sont à pourvoir. Une aubaine pour la population locale. Et sans doute quelques nuits blanches supplémentaires pour le GTRI.
(*) GTRI est l’acronyme de Global Threat Reduction Initiative. Le GTRI fait partie du National Nuclear Security Administration. Cette entité placée sous la supervision du ministère de l’énergie US supervise la sûreté et la sécurité de centaines de sites nucléaires dans le monde.
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Publié le 22 avril 2010
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