Rwanda. Une police New-Look pour un pays neuf.

Publié le 2 juin 2010

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Police

Archives NanoJV. Post rédigé en 2010.

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La police rwandaise a 10 ans. Elle fut formée en l’an 2000 autour de la police militaire de l’armée de libération. En une décennie, ses effectifs sont passés de 3500 agents et officiers, à plus de 10 000 dont 1000 femmes.

Les formations sont assurées principalement par la NPA (National Police Academy) et par le PTS (Police Training School), le centre de formation de la police.

La NPA située dans le Nord du pays à Ruhengeri, district de Musanze, forme les cadres. Le PTS situé à Gishali dans l’Est du pays forme les nouvelles recrues en 16 mois d’études. La dernière promotion comptait plus de 1500 diplômés.

Après le traumatisme de la dictature post-coloniale et le génocide, plusieurs années furent nécessaires à l’émergence d’une force de sécurité intérieure démocratique, moderne et professionnelle. Dans le même temps le système judiciaire fut reconstruit afin de recréer les conditions de la confiance au sein d’une population désorientée et meurtrie par les persécutions. Aujourd’hui la police rwandaise, investie d’une véritable mission (Rwanda 2020), fait figure de pionnier à l’échelle du continent.

Mais la course à la perfection a un prix : les manquements à la discipline et les tentatives de corruption sont strictement sanctionnés et les révocations sont fréquentes. Le niveau d’exigence est élevé dans la mesure où les champs d’interventions de la police rwandaise dépassent les fonctions régaliennes et incluent des missions internationales de maintien de la paix ainsi que la participation à de grandes causes nationales comme par exemple les campagnes de prévention des pandémies.

Plusieurs pays apportent un soutien actif à la montée en puissance de cette force. La coopération avec la Suède débuta en 2003. Quelques années plus tard, l’Afrique du Sud confrontée elle aussi à un processus de renaissance nationale, s’associa au «Programme rwandais pour une police démocratique».

La police sud-africaine apporta notamment son expérience collaborative associant la population à la prévention du crime. Au cours des dernières années, les cadres de la police rwandaise se sont donc initiés avec leurs homologues européens et africains aux meilleures techniques de management.

Les programmes trilatéraux avec la Suède et l’Afrique du Sud, se sont progressivement ouverts à la féminisation des effectifs (le Rwanda est l’un des leaders mondiaux de la parité avec un nombre record de femmes au parlement par exemple). En raison de leur origine purement militaire et combattante les premières unités de police ne comprenaient en effet pas de femmes. Des formations spécifiques ont été dispensées par l’académie de police nationale suédoise à Växjö.

Le mode de transfert de connaissance très prisé au Rwanda est "train to teach" selon lequel les cadres formés deviennent ensuite formateurs. Cette approche managériale implique une adhésion forte aux systèmes de valeurs communs, ce qui est le cas pour ces programmes sécuritaires. Des dotations et équipements spécifiques sont venus compléter les formations de police scientifique et de police judiciaire. La coopération trilatérale Rwanda-Afrique du sud-Suède devrait se poursuivre jusqu’en 2013 afin de parfaire les capacités des forces intérieures. Mais les coopérations et les contributions internationales sont plus vastes.

 D’autres acteurs-clés coopèrent avec la police rwandaise. Notamment dans le cadre des opérations de maintien de la paix en Afrique et dans le monde. Ainsi le Canada et le Rwanda développent une collaboration étroite sur les programmes de maintien de la paix au Darfour (Soudan).

Selon les protocoles signés les canadiens fournissent des équipements, des formations d’instructeurs et des véhicules destinés à l’accomplissement de la mission de police rwandaise au sein de la Force conjointe Nations Unies – Union Africaine au Darfour: la MINUAD. Le ministère canadien des Affaires étrangères finance directement les initiatives.

Plus de 150 policiers rwandais sont actuellement déployés dans six missions internationales, notamment la Force conjointe au Darfour (MINUAD), la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) et la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Des opérations ont aussi été initiées au Tchad, en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone et au Libéria.

Au niveau régional, des relations étroites lient les polices des 5 pays de l’EAC (Rwanda, Burundi, Tanzanie, Kenya, Ouganda) dans le cadre d’un conseil de sécurité inter-états. La troisième réunion s’est tenue en avril dernier à Bujumbura. Les échanges d’informations et opérations conjointes sont coordonnées par l’EAPCCO (Eastern Africa Police Chiefs Cooperation Organization).

Depuis 2008, l’Allemagne s’est impliquée aux côtés du Rwanda via le GTZ sous la supervision du ministère des affaires étrangères. L’objectif du programme allemand est la modernisation et l’amélioration des performances. L’un des acquis est par exemple la digitalisation des procédures de police judiciaire. Cela grâce à  la maîtrise de nouveaux process et équipements. Parfois à la pointe de la technologie comme la dotation en pistolets lasers pour les contrôles de vitesse.

Commonwealth oblige, un programme annuel de formation est proposé par le NPIA (National Policing Improvement Agency) britannique à son homologue rwandais dans le cadre de de l’IAB (International Academy Bramshill),  leader mondial de la formation opérationelle et du management stratégique, proche de Scotland Yard.

Last but not least, le Federal Bureau of Investigations américain (FBI) entraîne depuis plusieurs années des dizaines d’officiers de police rwandais. Cette coopération étroite est renforcée par les bonnes relations entre les deux gouvernements. Les formations d’élite portent notamment sur les techniques anti-terroristes, le contre-espionnage et la lutte contre la cyber-criminalité, une activité en plein développement face aux nouvelles menaces.  Les forces de police sont également associées à d’autres programmes américains déployés par exemple par USAID (lutte contre le Sida) ou AFRICOM (police de l’air).

Les activités de police navale sont intégrées avec celles de l’armée. En mai dernier une nouvelle dotation de 25 hors-bords est venue renforcer les patrouilles sur les 17 lacs et notamment la sécurisation du Kivu sur la frontière avec la RDC. Par ailleurs des formations maritimes ont été assurées sur la base de Rubavu et l’île de Wahu entre autres par l’unité Mobile Training and Education des Gardes Côtes américains.

La police rwandaise est enfin extrèmement impliquée sur le volet santé et prophylaxie. L’hôpital de la police de Kacyiru inauguré il y a 15 jours (18 mai 2010) en témoigne. L’objectif est de porter une assistance complète aux victimes depuis la hotline et la prise en charge psychologique jusqu’aux soins médicaux. La protection de l’enfance, la lutte contre les violences conjugales et la prévention des pandémies étant décrétées causes nationales prioritaires. Le site comprend également un laboratoire de police scientifique et un centre d’expertises medico-légales.

Dernière spécificité liée à l’histoire récente, le Rwanda coopére étroitement avec Interpol (dont le QG est basé à Lyon) entre autres pour l’identification et l’arrestation des criminels de guerre et génocidaires en fuite. La cellule compétente est le NCB (National Central Bureau) de Kigali. L’échange et la consultation d’informations s’effectue désormais en temps réel grâce au système de communication I-24/7 auquel sont raccordés tous les pays membres.


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