Dans le quotidien Haaretz, Amos Harel (*), l’un des meilleurs experts israéliens des questions de défense, apportait récemment un éclairage critique sur les récentes affaires d’espionnages au Moyen-Orient. Harel confirme en introduction qu’Israël comme à l’accoutumée s’abstiendra de tout commentaire sur les arrestations intervenues au Liban. D’après le spécialiste, la situation est par ailleurs loin d’être claire tant la fiabilité des informations en circulation est sujette à caution. Au moment ou il rédige son article, il constate par exemple qu’aucune source n’est en mesure d’indiquer pour quelle branche des services israéliens pouvaient opérer les supposés agents.
Mais le point essentiel de son argumentation porte sur le rôle nouveau joué par la technologie dans le démantèlement de réseaux. Harel rappelle que cette thèse a été suggérée par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, ou encore distillée par les chaînes de télévision Al Jazeera et Al Manar. Selon ces médias, les Etats-Unis auraient fourni au Liban, après le conflit de 2006, des équipements de “cybersleuthing” permettant le reverse tracking de numéro de téléphones portables par le biais de leur signature électronique. Yoav Stern correspondant de Haaretz, affirmait l’an dernier que les Etats-Unis auraient, depuis 2006, accordé une aide de un milliard de dollars au Liban dont 410 millions au titre de la coopération militaire et policière. La France et le Liban ont par ailleurs, comme le raporte Israelvalley, renouvelé dernièrement leurs accords de coopération dans le domaine des renseignements et de la guerre électronique.
Harel pour sa part évoque également l’affaire de Dubaï en janvier dernier. Là encore, les autorités locales avaient, selon lui, à disposition un système technologiquement avancé de back scanning et de cross checking des images. D’après lui les hypothétiques agents envoyés sur place ont probablement sous-estimé les capacités sécuritaires en présence et/ou supposé – en raison du contexte- que les autorités locales ne procéderaient pas à des investigations poussées. Postulats contredits par les faits, quels que soient les faits d’ailleurs (rien n’est démontré).
Il est également intéressant de noter que suite à l’épisode de janvier dernier, l’installation de solutions de sécurité (video surveillance, contrôle d’accès, détection d’intrusion, rayons X etc.) dans les hôtels des émirats en général et de Dubaï en particulier a connu une progression fulgurante (il est question d’une hausse de 40%), doublant par exemple le nombre de caméras en service. “The Hotel Show”, le grand salon annuel dédié à l’industrie hôtelière dans le Golfe hébergeait en mai dernier un important pavillon dédié aux technologies de sécurité.
Parmi les leaders du secteur à l’affiche cette année figuraient les sociétés Bond Communications, GCC Computers, Salto Systems, VingCard, ABB, Interel ou encore Schneider Electric. La technologie israélienne apparaît parfois en filigrane et certains fournisseurs de sécurité américains comme par exemple Motorola ont, de notoriété publique, installé leurs laboratoires scientifiques dans l’Etat hébreu.
Le journaliste Georges Malbrunot, affirmait récemment dans le Figaro, que “les Emirats arabes unis, inquiets face à la menace iranienne, n’hésitent pas à faire appel à de la technologie israélienne pour sécuriser leurs frontières et les puits de pétrole”.
Ce qui n’empêchait pas le chef de la police de Dubaï cité par le journal émirati “The National” de déclarer début mars, qu’il pouvait identifier les israéliens à leur visage et à leur façon de parler pour mieux les mettre à l’index : “It is easy for us to identify [Israelis], through their face or when they speak any other language, he said. “We used to respect them when they would come holding European passports; we regarded them as Europeans and never treated them badly. But from now on, anyone we suspect to have a dual citizenship, they will be treated with great suspicion.”
Au delà des campagnes d’intox, des faux-semblants et d’éventuels paris faustiens, une chose est sûre cependant: les technologies de sécurité ne connaissent plus, de toute évidence, qu’une seule règle ; celle de l’offre et de la demande. Pour le meilleur et pour le pire apparemment.
Dominique Bourra, CEO of NanoJV.
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(*) Dernier livre de Harel et Issacharoff ”34 Days: Israel, Hezbollah and the War in Lebanon”.
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