Nucléaire iranien. Le Mossad et Aman : deux services de renseignements, trois points de vue différents.

Posted on 9 janvier 2011

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cat-shroedinger

 

Passé le premier effet rassurant,  l’appréciation formulée la semaine dernière par Meir Dagan,  l’ancien patron du Mossad, sera sans doute lourde de conséquences.  En substance: "l’Iran n’aura pas de capacité nucléaire avant 2015".  Dagan dit en effet être persuadé que les sanctions internationales et les divers dysfonctionnements rencontrés ont  fait reculer le programme iranien de plusieurs années…

Début novembre, Amos Yadlin,  le patron sortant d’Aman (les renseignements militaires israéliens) et ancien pilote de l’opération "Opera" (*) émettait cependant un avis légèrement différent. L’Iran,  révélait-il, dispose de suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer une première bombe atomique et bientôt une seconde. Par ailleurs, deux nouveaux sites nucléaires sont en cours de développement, annonçait-il également  dans son  exposé sans fard,  face  au Comité Défense de la Knesset.

L’émulation entre le Mossad, le Shabak (sécurité intérieure -ici-) et Aman est une constante universelle. Pour autant, les clivages sont parfois accentués par des  chocs d’egos et de sensibilités. Si Yadlin est resté relativement discret sur la question, Dagan est, par exemple, un opposant notoire à l’intervention militaire contre l’Iran. Idem pour Ashkenazi le patron sortant de Tsahal, qui  aspire pour les mêmes raisons à des négociations de paix avec la Syrie.

Enfin, l’immixtion du cyberespace dans l’art de la guerre fait également bouger les lignes non seulement entre services mais au sein même des services. Yuval Diskin  le patron de l’ISA (Shin Bet) dans un entretien accordé à Defense Update début novembre se félicitait des coopérations multidisciplinaires sur le sujet, reconnaissant toutefois  que le principal problème à surmonter n’était pas d’ordre technologique mais humain et se situait au niveau du  leadership.  

En avril 2010, Alon Ben David, l’un des meilleurs spécialistes israéliens des questions de défense notait dans « Aviation week » que les unités technologiques de Tsahal, «Lotem», bénéficient d’un appui du Shabak (en charge de la protection des infrastructures critiques) pour les opérations de cyberdéfense militaire. Ben David  confirmait également le bras de fer en cours entre l’unité 8200  des renseignements militaires et "Atak", le Directorat de Commande et Contrôle Informatique (**) pour savoir qui piloterait la guerre cybernétique.

Les récentes nominations à la tête des services israéliens annoncent donc une reprise en main, voire une profonde mutation de l’ensemble (ici). Afin d’éviter, par exemple, que face à la menace montante du nucléaire iranien, l’élite de la sécurité israélienne ne joue encore « à chat » dans le futur. A chat de Schrödinger bien sûr (***).

(*) Bombardement en juin 81 du réacteur Osirak au sud-est de Bagdad, quelques mois après un premier raid iranien manqué sur le même site.

(**) "Atak"  (Agaf HaTikshuv) supervise entre autres "Lotem" et gère aussi par exemple "Tsayad" le programme d’armée digitale -ici-

 (***) L’expérience du chat de Schrödinger fut imaginée en 1935 par l’un des pères fondateurs de la mécanique quantique, Erwin Schrödinger. Elle met en évidence le paradoxe de la théorie quantique  poussée à l’extrême en démontrant qu’un chat pourrait être simultanément mort et vivant. D’où le parallèle avec le nucléaire iranien. Ou encore Stuxnet qui selon le point de vue de l’observateur est ou n’est pas israélien –ici- , américain –ici-  chinois –ici ou autre).

 


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