Jérusalem et Kigali face aux révisionnismes

Publié le 15 août 2011

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AFRICOM INTELLIGENCE

Le rapport Goldstone fait 575 pages.  Tout le monde connait l’histoire. Après un mois et demi d’enquête bâclée, Goldstone rend ses conclusions en septembre 2009,  et accuse  Israël de crimes de guerre potentiels (le mot mérite d’être souligné) au cours de l’opération Cast Lead.  Les dégâts dans l’opinion sont énormes. Puis le 2 avril 2011, Goldstone la mort dans l’âme reconnaît dans une petite tribune publiée par le Washington Post que les conclusions de son rapport doivent être reconsidérées (voir ici).  Une désinvolture inqualifiable qui transparaît notamment dans la petite phrase 

"I regret that our fact-finding mission did not have such evidence (…) because it probably would have influenced our findings about intentionality and war crimes".

Bref du grand n’importe quoi (cf vidéo ci-dessous). Depuis sa création, l’État d’Israël, qui a le tort de réussir trop vite,  est la cible permanente de rapports vengeurs et dérapages en tout genre.

Un parallèle saisissant avec ce qui se joue depuis plusieurs années à l’encontre du Rwanda. Dans un cas comme dans l’autre, le succès dérange. 17 ans après le génocide le Rwanda s’est non seulement relevé mais représente un modèle en Afrique.

Croissance, absence de corruption, droit des femmes plus développé qu’en Europe, bonne gouvernance saluée par toutes les instances internationales, participation active au maintien de la paix en Afrique etc. La liste est impressionnante.  Seulement voilà, comme dans le cas du miracle israélien, tout cela dérange et remue la mauvaise conscience d’une partie de l’occident.  Et puis la fermeté ne passe pas auprès de certains courants de pensée.

On ne pardonne pas au Rwanda de combattre énergiquement le négationnisme et le révisionnisme du génocide de 1994 tout comme on ne supporte pas la détermination d’Israël dans sa lutte permanente contre le terrorisme. Paul Kagame le président du Rwanda déclarait récemment à Jeune Afrique « Les progrès enregistrés par un pays comme le Rwanda ne font pas plaisir à tout le monde » (lire ici).

En effet. Et la dernière illustration vient là encore d’Amérique.  Africom, branche de l’armée américaine en Afrique (lire ici)  a en effet récemment commandé un rapport concernant l’avenir de 10 pays africains. Le think tank mandaté pour réaliser l’étude siège à Washington et  semble afficher les compétences requises pour ce type de mission.  Il s’agit de CSIS, le Center for Strategic and International Studies. Précisons au passage qu’Africom entretient les meilleures relations du monde avec l’armée rwandaise (ici). Les exercices conjoints sont nombreux, les échanges de savoir-faire permanents et l’estime mutuelle élevée. Cyomoro, le propre fils de Paul Kagame étudie à West Point.

Mais, triste surprise,  alors qu’Africom attendait un rapport scientifique objectif,  c’est  un brûlot qu’on lui remet.  Mieux, si le rapport Goldstone s’étalait sur 575 pages pour assassiner Israël,  le rapport du CSIS exécute le Rwanda en…19 pages.

Pour consulter le document original cliquer ici :  [Rwanda_Assessing risks to stability_Jennifer_G_Cooke]

Les 19 pages étant elles-mêmes résumées en trois lignes à charge en début de rapport. Le gouvernement rwandais serait inapte à gérer la compétition démocratique, la stratégie de développement actuelle provoquerait des inégalités sociales et enfin le Rwanda aurait un effet déstabilisateur sur la République Démocratique du Congo.

 On applaudit donc la performance d’agit-prop réalisée par l’auteur du rapport, Mme Cooke directrice du département Afrique du CSIS depuis 10 ans. Elle se présente modestement comme une experte en santé, sécurité, conflits et démocratisation.  Elle a vécu en Côte d’Ivoire et en Centrafrique, s’exprime en français et peut se prévaloir d’une connaissance partielle de l’Afrique (ici).  La petite vidéo de lancement du rapport s’intitule : "Stress testing the African States" .  Pas sûr que les États concernés apprécient cette saillie.

D’emblée, l’auteur du rapport paraît obsédée par les paramètres ethniques et  raciaux.  Alors que le Rwanda a rompu avec les pratiques discriminatoires de l’ancien régime ségrégationniste, elle s’ingénie à chiffrer et étiqueter : 

14% de Tutsis et 85% de Hutus. minorité Twa 1% (les statistiques raciales reviennent à plusieurs reprises dans le rapport, elles en sont l’un des  fils conducteurs).   La peur et la suspicion entre Hutus et Tutsis ajoute-t-elle avec délectation, "même si elle n’est pas exprimée, est toujours présente".

Plus loin elle ajoute : le gouvernement actuel du Rwanda affirme que les nominations politiques et les recrutement militaires se font sans référence à l’appartenance ethnique mais sur la compétence des candidats. Mais l’auteur du rapport ne s’en laisse pas conter, elle enrage et rétorque que justement parce que le gouvernement rwandais a désormais interdit le fichage ethnique , il n’y a plus de possibilité de vérifier si le favoritisme est pratiqué ou non…  On a hélas bien compris.

Le RPF, parti majoritaire,  dans le collimateur du rapport est décrit comme un parti d’exilés ougandais anglophones (l’anglais est cependant la langue officielle du Rwanda), sous-entendu des étrangers dans leur propre pays (!)

Même si le  Rwanda est calme et en ordre poursuit-elle, la répression politique pourrait menacer sa stabilité. Simple échantillon des nombreuses lapalissades qui émaillent le rapport.

La  présentation du Rwanda en chiffres (10 lignes) est un copier-coller du site de la CIA. Le taux de croissance canon du Rwanda n’y figure pas. Le pays des mille collines est présenté comme petit, pauvre et enclavé.  Il manquerait de ressources naturelles (les importantes ressources énergétiques du lac Kivu, chiffrées en milliards de dollars sont passées sous silence dans le rapport).

La vulnérabilité de l’économie aux fluctuations des cours du pétrole est bien appuyée  mais pas un mot sur  le programme en cours permettant au Rwanda de décupler ses ressources énergétiques en 6 ans ( ici).

On note dans le rapport une multitude de remarques franchement bizarres. Mais rien par exemple sur la politique de e-gouvernement qui met les technologies de l’information au service du plus grand nombre y compris dans les campagnes (voir ici).

Rien sur les avancées technologiques du pays pourtant saluées par les experts du monde entier à commencer par ceux de Stanford (ici) On trouve en revanche un long pensum de plusieurs pages consacrées à l’histoire du Rwanda, comme sorties de wikipedia, ou de tiroirs plus poussiéreux, avec , surprise, une tirade élogieuse sur l’ancien régime raciste. Africom a du tomber de sa chaise.

L’auteur du rapport écrit ainsi – en citant quelques sources – que le gouvernement Habyarimana entretenait des rues propres. Que la criminalité était faible et l’assistance étrangère bien utilisée. Plus loin : "Les Tutsis étaient certes victimes de discrimination institutionnelle mais ils étaient laissés tranquilles tant qu’ils restaient en dehors de la politique" (sic) …«en dépit de l’exclusion des Tutsis des hautes fonctions, des signes de répression et de violence…le Rwanda était vu par le monde extérieur comme un partenaire de développement modèle».

On ne rêve pas, c’est écrit dans le rapport.

Et ce n’est pas tout. Il est  également suggéré que "le gouvernement rwandais actuel instrumentalise le génocide pour s’assurer un soutien international"…Refrain révisionniste connu. Les  mêmes arguments servent en effet à salir Kigali et Jérusalem.

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