L’Erouv de Jérusalem.

Publié le 4 septembre 2011

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l'erouv de jerusalem

"Nous vivions ensemble depuis sept ans, c’était un samedi matin, un samedi de septembre, en 1992. Nous marchions tranquillement dans la rue Emek-Refaïm. Il me précédait de quelques mètres. Tout à coup, sans prévenir, il s’est arrêté, a posé la main contre le mur d’enceinte du cimetière, s’est tourné vers moi et m’a dit : "J’aime une autre femme. Je pars." Il est resté immobile, la main sur la pierre. Il attendait. Et moi, je n’avais pas la force de regarder son visage, alors je fixais cette main. La pierre sur laquelle elle reposait est la sixième pierre en hauteur et la troisième après la porte verte, au numéro 41. je l’effleure quand je passe par là. Comme par masochisme, pour toucher du doigt mon malheur".

Extrait de l’Erouv de Jérusalem de Sophie Calle, 55 pages et illustrations. Editions Actes Sud. 1996.

Note de NanoJV. La commémoration des 10 ans du 11 septembre s’approche. Chacun se souvient très précisément où il était, ce qu’il faisait ce jour là. Comme dans la brève nouvelle extraite de "L’Erouv de Jérusalem". Comme dans le petit récit, chacun a, de manière symbolique,  fait d’un lieu public (l’endroit où l’on se trouvait ce jour là, à la seconde où l’information est tombée) un lieu privé. En souvenir de la catastrophe.

De manière inexplicable, d’autres événements n’ont presque pas laissé de traces.  Se souvient-on où l’on était, ce que l’on  faisait entre le 6 avril et le 4 juillet 1994. En 100 jours un million de personnes ont été assassinées au Rwanda. Et presque personne n’a rien dit.


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Publié dans : ISRAEL SILICON WADI, RWANDA