Standing ovation pour Paul Kagame le Président incorruptible. Résumé de la journée du 11 septembre 2011 à Paris.

Publié le 12 septembre 2011

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kagame incorruptible

Le lieu de la réunion a été tenu secret jusqu’à J-1 pour une rencontre unique entre la diaspora rwandaise d’Europe et Paul Kagame, Président de la République du Rwanda. Dimanche 11 septembre plus de 2500 personnes venues de 16 pays européens  ont convergé vers les salles ultramodernes des docks d’Aubervilliers au Nord de Paris. Une diaspora radieuse, belle et distinguée; costumes stricts pour les hommes, tailleurs, ou Mishananas  (toges) traditionnelles pour les femmes.   L’organisation est parfaite, fluide, sans fausse note.  La sécurité rwandaise travaille "à l’israélienne", avec sérieux, efficacité et discrétion.

Si d’importantes forces de police et de gendarmerie sécurisent le périmètre extérieur, à l’intérieur tout se passe comme dans les aéroports les plus sûrs.  Portiques, scanners, contrôles minutieux des sacs. Les portables et appareils photos sont étiquetés et laissés aux vestiaires. Pour autant l’accès  à la manifestation est libre, ouvert sans restriction à tous ceux qui souhaitent s’y associer dans un bon esprit.

Une journée pour se retrouver, échanger et célébrer le nouveau Rwanda. Dans l’un des bâtiment, une équipe de choc venue de Kigali explique, sur une série de stands, les nouveautés en matière d’investissements, d’immobilier, de politique  bancaire et financière. La jeune bourse de Kigali est également représentée. Dégustation de café,  déjeuners à emporter, tout est fait avec tact, sans ostentation ni dépenses somptuaires.

En début d’après-midi, il faut plus d’une heure pour pénétrer dans la hall de conférence via les contrôles de sécurité. Les organisateurs parlent de 3000 personnes.  L’immense  salle de congrès  est en effet archi- comble. Avec des milliers de drapeaux bleu, jaune, vert, frappés d’un soleil symbole de connaissance, d’unité et de transparence.   Pour les non locuteurs, des casques de traduction simultanée permettent de suivre les interventions en kinyarwanda.

Un film  d’introduction en l’honneur du Rwanda nouveau, apporte de nombreux témoignages sur les réussites actuelles.  La modernité bien sûr mais aussi l’accès de tous à la protection sociale,  à la scolarité, à l’eau, aux nouvelles technologies. Car le  Rwanda de 2011 repose sur la solidarité et l’unité. Il est important de souligner qu’ à aucun moment de la journée il n’est question de divisions ethniques.  Cette notion est rejetée par la nouvelle constitution.  Symboliquement, un Soudanais témoigne: lorsque nous demandons aux soldats rwandais s’ils sont Hutus ou Tutsis ils nous répondent invariablement, je suis rwandais. Une vraie leçon d’unité africaine.

L’animateur informe le public que la télévision rwandaise va diffuser les images du rassemblement, des enfants sont invités à adresser des messages à leurs familles à 6000 km de là.  Un petit saisit le micro pour saluer sa grand-mère. Où vit-elle ? Au Rwanda. Mais où au Rwanda ? A Bujumbura répond l’enfant. L’assistance émue,  explose de rire.  Illustration de la grande proximité des peuples de la région et de l’intégration grandissante de l’Est africain.

Chanteurs et groupes rwandais se succèdent , entre nostalgie avec Ben Kayiranga par exemple et modernité avec les jeunes de Zion Youth qui déclarent :«Zion, c’est l’Afrique».  Et puis bien sûr la danse traditionnelle des guerriers Intore dont les boucliers symbolisent la sécurité et la protection du pays.

Arrive John Gara le patron du RDB, le centre de promotion des investissements du Rwanda. Nous parlons anglais, français, japonais et si vous le désirez je peux poursuivre en chinois lance-t-il d’emblée (aucun journaliste n’a relevé le trait d’humour, ndlr : Juppé est en Chine).  Il rappelle que le Rwanda vient de se hisser à la troisième place en Afrique juste derrière l’Afrique du Sud et Maurice….Au Rwanda, les procédures bureaucratiques sont simplifiées et facilitées, il ne faut que 24 heures pour enregistrer une nouvelle société.

Viviane Kayitesi, son adjointe poursuit: nous croyons au développement par le biais du secteur privé, les opportunités aujourd’hui se situent dans le secteur du thé et du café, de l’horticulture avec un marché régional de 200 millions de dollars, dans la construction immobilière favorisée par le retour de la diaspora et la propérité de la classe moyenne,  dans le secteur de l’énergie (géothermie, hydroélectricité, énergies renouvelables), et dans le tourisme d’affaires. Elle sourit, le tourisme ce n’est pas que les gorilles vous savez. Et puis le nouveau centre d’affaire high-tech de Kigali pourra dès 2012 accueillir des congrès internationaux.  Last but not least, les technologies de l’information connaissent un essor foudroyant, 2500 km de câbles de fibres optiques sillonnent le pays et le secteur des logiciels est en pleine expansion.

Anastase Shyaka, patron du conseil rwandais pour la bonne gouvernance rappelle que les excellents résultats enregistrés par le pays des Mille Collines reposent sur une politique d’unité et d’égalité des citoyens, sur leur sécurité, la représentation des femmes à tous les postes de décision (56% du Parlement et 70% de l’appareil judiciaire),  la lutte efficace contre la corruption (le Rwanda est depuis 10 ans premier en Afrique pour la transparence).  En conséquence, 97% des rwandais ont confiance en leur armée, 94% en leur police, 86% font confiance au gouvernement et 84% à l’appareil judiciaire. S’agissant de la politique d’unité en place (disparition des références ethniques) , 90% de la population estime qu’il s’agit de la meilleure approche.

Serge Kamuhinda, analyste à la Présidence parle de "notre chez nous" qui n’a pas toujours été "un hôtel où se reposer"…le pays a été submergé par le chagrin rapelle-t-il.  Silence absolu dans la salle…L’émotion est considérable.  Les yeux brillants, il poursuit : le Rwanda d’aujourd’hui est un joyau… Nous allons léguer à nos enfants ce pays là. Pas le Rwanda ancien.

S. Exc. Jacques Kabale ambassadeur du Rwanda en France rappelle l’importance des valeurs: Agaciro (voir ici) a redoré le blason du Rwanda. Le recours à la tradition a permis de trouver de nouvelles solutions dans de nombreux domaines, pour le droit des femmes, pour la réconciliation, pour la décentralisation, l’éducation etc…Le Rwanda est désormais cité comme un modèle dans les conférences internationales, il est consulté par les autres pays. L’ambassadeur cite les nombreux liens tissés avec la France, notamment au niveau de municipalités, l’un des points d’orgue  étant l’inauguration cette année de la stèle commémorative du  Génocide Tutsi à Cluny.

Viviane Peyre, Présidente  de la diaspora rwandaise a du mal à dissimuler sa joie immense. Elle rayonne, laisse éclater sa fierté "Mesdames, il est une chose que toutes les femmes du monde nous envient à juste titre : le pays des milles collines peut être fier de présenter le plus haut niveau mondial de représentation féminine aux leviers de commande. Et, reconnaissons-le, nous n’avons pas eu besoin de mouvements féministes pour promouvoir nos droits et nos intérêts dans la société civile !". ..

Mme Louise Mushikiwabo, l’élégantissime  ministre des Affaires Etrangères du Rwanda,  supervise très attentivement le déroulement des opérations. Prenant acte de la vitalité de la diaspora ,  elle y voit  l’émergence d’une 6ème province rwandaise (le Rwanda moderne compte 5 provinces).  Peut-être n’est-ce pas seulement un trait d’humour de sa part tant la diaspora et sa jeunesse semble au cœur du processus de reconstruction.

S. Exc, Paul Kagame enfin. Le Président de la République. "Le Boss".  A l’image de son peuple, à la fois grave et radieux.  Guerrier, intellectuel, homme de paix. Il y a un temps pour tout. Il dit "nous sommes le même Peuple" et met en garde contre ceux qui disent "ceux-ci ne sont pas comme ceux là". Il rappelle que la politique constructive est celle qui permet d’avoir des différences (d’aspect physique – visages, silhouettes ou comportements différents), celle aussi qui vous rappelle votre trait d’union.  Ce trait d’union constitue une chance.  La chance d’avoir un même pays. Il dit: nous appartenons à une même famille.  Celui qui ne se sent pas concerné, c’est son affaire. Mais pour la majorité, le Rwanda appartient à tous les rwandais.  Personne ne devrait bénéficier de plus de chances que  son voisin. Mais disposer des mêmes chances est une chose.  Avoir les mêmes possibilités de les exploiter en est une autre. Il faut donc ensemble tirer vers le haut ceux qui n’ont pas ces moyens. Il précise à l’adresse des plus aisés:  les pauvres d’aujourd’hui si on les aide, deviendront  le marché de demain. A quoi bon être riche parmi les pauvres. Nous ne voulons pas vivre dans un océan de pauvres mais dans un océan de riches. Il dit encore: je ne connais aucun rwandais qui veuille dormir le ventre vide, ne pas voir ses enfants à l’école, ne pas pouvoir les soigner lorsqu’ils tombent malades, d’ailleurs aucun enfant du Rwanda ne devrait  tomber malade…  Kagame pèse chacun de ses mots: Je ne connais personne qui soit né pour maltraiter ou être maltraité… Il poursuit:  à la suite de la visite du Président Français au Rwanda, nous avons décidé de travailler ensemble pour échapper à l’histoire. Des gens étaient contre l’évolution de notre relation…Je ne connais pas cette politique. La politique du mal n’est pas la politique des hommes…Mais assure-t-il, nous avons dépassé cela. Il parle de perte de temps: "ils veulent nous faire perdre du temps avec des activités qui n’ont pas de valeur" (ndlr : polémiquer sans fin).  Notre temps nous devons l’utiliser pour réduire le nombre de pauvres au Rwanda…Il y a ceux qui prient, ceux qui vont à la mosquée, ceux qui vont à l’église ou au temple. Mais D.ieu ne fait pas cadeau du don de réduire l’ignorance ou la pauvreté.  Il faut travailler pour cela. Ce que D.ieu peut vous donner c’est la chance de pouvoir travailler pour atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés…Il ne faut pas dire  D.ieu nous a abandonné, mais penser que nous avons mal exploité la chance qui nous était donnée (…) il ne faut pas gaspiller les opportunités qui nous sont données car elle ne se représentent pas.

Paul Kagame évoque les donneurs de conseils: "ils me disent souvent pourquoi faites-vous ceci, pourquoi ne pas faire comme cela ? " alors dit-il, je leur réponds par une question:  pourquoi ne venez vous pas travailler avec nous pour rechercher la meilleure solution ? Il se tourne vers l’assistance et s’adresse à la diaspora: "vous qui vivez dans les pays développés et riches, souvenez vous que vous n’y êtes pas chez vous (rires). Et puis,  je défie quiconque de me dire qu’il n’y a pas de problèmes dans ces pays.

A propos des donneurs de leçons.  Si quelqu’un vous vend une chemise et vient ensuite vous dire comment la porter, comment retourner les manches, que vous avez une tâche ici ou là, au bout d’un certain temps vous avez envie de la lui jeter à la figure (rires).  Certains veulent nous apprendre les droits de l’homme…On dit que la nuit n’est connue que par celui qui a connu des nuits blanches.  Et j’en ai connu des nuits blanches… Paul Kagame parle ensuite des années 40, des donneurs de leçons qui ont tout effacé de leurs mémoires.

Nous devons travailler ensemble dit il. Chacun a besoin de son voisin, chacun peut améliorer les conditions de vie de son voisin. Il faut continuer à avancer. Le Rwanda appartient à tous les rwandais. Il faut aller plus loin, que le Rwanda soit le pays des étrangers…Les africains qui souhaitent travailler et vivre au Rwanda sont accueillis à bras ouverts, et si cela ne tenait qu’à moi poursuit Kagame, je leur accorderais la nationalité rwandaise. Être rwandais, ce n’est pas une question de physique, c’est une question d’esprit et d’intelligence.  Se demander d’où vient celui-ci, d’où vient celui là, qui est Tutsi, Hutu, Twa, mène au chaos…

Paul Kagame conclut: Intore, c’est la personne qui ne se lamente pas. C’est celui  qui cherche à se sortir du problème. Si vous vous lamentez vous ajoutez un deuxième problème au premier.

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