La Turquie pourra espionner Israël depuis l’espace grâce à des technologies françaises et italiennes.

Publié le 2 novembre 2011

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GOKTURK1

La Turquie ne maîtrise pas encore les technologies spatiales avec la même virtuosité que son "coopétiteur" israélien. Pour satisfaire ses ambitions régionales Ankara se tourne donc vers la France et l’Italie. Un satellite espion offrant une résolution sans égale sera ainsi livré prochainement aux turcs avec l’accord exprès des gouvernements français et italien. Cependant ce dispositif destiné à la lutte contre les rebelles du PKK permettra aussi de scruter tout le territoire israélien avec une précision de quelques centimètres.  Ankara n’exclut pas de vendre les images recueillies à qui bon lui semble. Une perspective plus qu’embarrassante pour l’État hébreu. 

La Turquie n’est pas une puissance spatiale au même titre qu’Israël ou que l’Iran. Pour compenser ce handicap et  asseoir davantage son leadership régional, Ankara fait appel aux meilleures technologies militaires européennes sous couvert de l’OTAN.  Aujourd’hui les accords de renseignements spatiaux avec les Etats-Unis ne satisfont pas Ankara en raison d’un amendement américain datant de 1997, baptisé "shutter control" qui interdit la diffusion ou la vente d’images satellites du territoire israélien offrant une résolution inférieure à 2 mètres.

Dès l’origine les turcs ont envisagé de faire appel aux meilleurs fournisseurs pour se doter d’un satellite de renseignement à la pointe de la technologie. L’européen EADS Astrium Satellitesl’allemand OHB System  et même paradoxalement Israel Aerospace Industries (IAI) ont été consultés tour à tour. Les israéliens ont cependant été éliminés en raison des restrictions imposées à la Turquie, notamment sur l’interdiction du survol de l’espace aérien israélien.

C’est finalement l’italienne Telespazio et Thales Alenia Space qui ont décroché le marché de 250 millions d’euros.  L’analyse la plus corsée de ce montage est formulée du côté d’Erevan, (capitale de l’Arménie) les arméniens étant toujours très attentifs aux initiatives militaires de leur grand voisin.  L’agence Armenews affirme ainsi: « Malgré les réticences du gouvernement turc à confier le projet à une société à participation française, en raison de l’adoption en 2006 par l’Assemblée nationale (française) de la proposition de loi pénalisant la négation du Génocide des Arméniens, le développement du satellite Gokturk revient à Telespazio et Thales Aliena Space. Selon l’un des responsables du ministère turc de l’industrie, Telespazio a été préféré à Thales en raison du ressentiment turc sur les décisions du Parlement français ».

D’autres sources font remarquer que les gouvernements français et italien ont donné leur accord exprès à ce contrat  stratégique qui permet l’exportation et le transfert de technologies spatiales de classe militaire. Les dispositifs électro-optiques, empruntés aux meilleurs satellites européens comme Pléiades, offriront potentiellement une résolution de l’ordre de 30 cm. Selon les termes du contrat très avantageux pour la Turquie, l’industrie spatiale turque bénéficiera de transfert de savoir-faire et de technologie. Au total 20% du  montant du contrat sera d’ailleurs confié aux industriels turcs sous forme de sous-traitance.

 Enfin, tous les leaders de l’industrie spatiale civile et militaire turque sont partenaires du projet (TAI, Aselsan, TUBITAK BILGEM, Roketsan, Turksat, etc.). TAI TUSAŞ (Turkish Aerospace Industries) s’est pour sa part équipé de salles blanches et de moyens d’essais pour l’intégration et la préparation de satellites de plus en plus importants.

L’industrie spatiale turque effectue actuellement une percée foudroyante en matière de satellites comme le souligne le site d’intelligence « wallonie espace »L’institut de recherches spatiales turc est en train d’exploiter les prises de vues  de Rasat, son satellite de télédétection mis en orbite en août dernier par les russes pour une durée de 3 ans.  Le successeur de Rasat, en construction,  est le satellite Göktürk-2 réalisé par la Turquie avec l’aide technologique du leader spatial sud-coréen Satrec Initiative. Ce satellite d’observation à usage dual (civil et militaire),  sera lancé en 2012 par les chinois et permettra d’observer des détails de 2,5 m. Par ailleurs, l’opérateur Türksat vient de confier à Turkish Aerospace Industries la réalisation du satellite de télécommunications Türksat-5A qui doit rejoindre en 2015 les Türksat-4A et -4B commandés par l’opérateur Türksat au leader spatial japonais Mitsubishi Electric Corp (Melco). Les satellites Türksat 4A et 4B seront lancés respectivement en 2013 et 2014 par des fusées russes.

 Mais le fer de lance de la statégie spatiale turc reste le projet militaire Göktürk-1 piloté et conçu par le fleuron de l’industrie spatiale française et italienne.  Le lancement est prévu en 2013, au grand dam des israéliens. Le journal turc Todays Zaman affirme en effet que les israéliens tentent de négocier avec Ankara pour que les photos satellites d’Israël prises par Göktürk-1 ne soient pas vendues à d’autres Etats (y compris l’Autorité Palestinienne). En vain. La Turquie aurait d’ores et déjà répondu qu’elle fera ce que bon lui semble des images collectées.

A suivre.

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