Le "fol amour" du Canard Enchaîné pour l’Etat hébreu.

Publié le 11 novembre 2011

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Première remarque en préambule,  le Canard Enchaîné ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël.  Un détail ? Lorsqu’il est question de l’Iran, le Canard dit : Téhéran.  Pour Israël, c’est Tel-Aviv. Comme dans la phrase : "En fournissant à Tel-Aviv les moyens d’agir, Obama a voulu prouver qu’il restait un bon allié…" etc. L’article commence donc très mal et la chute n’est pas mieux.

Dans sa livraison du 9 novembre, en page 3,  le Canard enfile perles sur perles et franchit le "mur du çon" à chaque paragraphe.  Par exemple : " Les services français du renseignement ont en effet découvert que, en septembre, 55 bombes US pouvant détruire des installations militaires enterrées et protégées ont été discrètement livrées à Israël".  On veut croire à une plaisanterie du Canard, car l’information originale a été publiée en septembre dans Newsweek et reprise par les médias du monde entier.  (voir ici).

Mais le scoop involontaire vient plus loin lorsque le Canard cite  un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay qui "ironise" et lâche inconsidérément : "(…) la volonté iranienne de se doter d’un armement nucléaire n’a toujours pas trouvé de solutions diplomatiques, malgré toutes les sanctions prises contre Téhéran".  On a bien lu, un officiel du Quai d’Orsay a prononcé ces mots avant la publication du dernier rapport de l’AIEA du 8 novembre. "La volonté iranienne de se doter d’un armement nucléaire n’a pas trouvé de solutions diplomatiques"…écrit noir sur blanc.  On reste sans voix.

Le meilleur de l’article vient à la fin. Le Canard affirme en effet selon ses sources que "les récentes déclarations belliqueuses du Premier Ministre Netanyahou et de son Ministre de la Défense Ehoud Barak dont la presse a fait état, n’ont pas convaincu les dirigeants occidentaux que l’aviation israélienne allait bientôt passer à l’acte". On note au passage que si le Canard ne rate pas une occasion de traiter les israéliens de va-t-en-guerre, il est en revanche d’une courtoisie remarquable à l’égard de Téhéran. Pas un mot plus haut que l’autre. Le Canard est plus  retors que Charlie.

La seule chose qui mette véritablement en émoi le journal satirique c’est en fait la déclaration récente de Shimon Peres : " Une attaque de l’Iran est de plus en plus vraisemblable".  Le Président israélien est d’ordinaire plus modéré note finement le Canard qui ne voit plus loin que le bout de son bec que pour se rassurer avec les propos -très contestés en Israël-  de Meir Dagan ex-patron du Mossad et ennemi intime de Netanayahou. Selon Dagan le projet de bombarder l’Iran serait en effet  "l’idée la plus stupide" qu’il n’ait jamais entendue. Il est vrai que Dagan disait aussi il y a peu que l’Iran, juré craché, n’aurait pas la bombe avant 2015. Avant d’effectuer un retropédalage acrobatique (voir ici).   Il est réjouissant en tout cas de voir le Canard Enchaîné tresser des lauriers à un ancien patron du Mossad.  Le Canard adore les militaires cuits à point.

Mais la palme revient à un général français "qui a traîné ses guêtres dans les services", cité par le Canard "Il ne faudrait pas exclure une option israélienne du genre "Docteur Folamour" (*).  On ne sait pas si il faut prendre la phrase au second degré mais elle en dit long sur la haute estime accordée par certains à l’État d’Israël.   Pas très loin des saillies de la grande époque sous les lambris. Le sonore "peuple sûr de lui et dominateur"  est encore dans toutes les mémoires.  Selon le Canard les relations entre dirigeants français et israéliens (le tandem Sarko-Juppé et Netanyahou) seraient d’ailleurs aujourd’hui  "les pires qui soient".  Bref ce n’est toujours pas  le fol amour.

(*) Film de Stanley Kubrick, sorti en 1964. En pleine crise de paranoïa, le général américain Jack D. Ripper décide de lancer une attaque atomique contre l’URSS).

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