Attentat au lance-missile du 6 avril 1994. Les juges anti-terroristes français mettent les libérateurs du Rwanda hors de cause.

Publié le 11 janvier 2012

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Habyarimana jet Falcon 50 9XR-NN Kanombe

Le mercredi 6 avril 1994, dans la nuit,  vers 20 h30,  le jet d’affaires Falcon 50 du président rwandais Juvénal Habyarimana est touché à 1600 mètres d’altitude par un   missile sol-air  à l’approche  de l’aéroport de Kanombe situé à une dizaine de kilomètres à l’est de Kigali, la capitale du Rwanda. (Deux missiles ont été tirés par deux opérateurs différents, seul le second accroché par les vapeurs de kérosène a atteint sa cible et fait exploser le réservoir de l’aile gauche). 

L’avion s’écrase dans une bananeraie à côté de la résidence présidentielle située dans le quartier de Nyarugunga. Les 10 personnes présentes  à bord de l’appareil sont tuées sur le coup. Le Président du Burundi  Cyprien Ntaryamira est au nombre des victimes, de même que les  3 militaires français qui composent l"équipage  (pilote, copilote et mécanicien) et le Chef d’état-major des FAR, l’armée rwandaise de l’époque.

La date du 6 avril marque le déclenchement du dernier génocide du 20ème siècle. Plus de 800 000 personnes ,Tutsi ou apparentés, sont assassinées en 100 jours au Rwanda.

En 1998, le juge antiterroriste Bruguière est saisi des plaintes déposées par les familles des 3 Français tués lors de l’attentat. Il  pointe du doigt  le FPR de Paul Kagame (qui le 4 juillet 1994 a libéré le Rwanda des génocidaires). A l’issue de son enquête,  Bruguière demande en effet la mise en examen de plusieurs membres du FPR et recommande au TPIR d’inculper Paul Kagame, couvert par son immunité de chef d’État.  Le 24 novembre 2006, le Rwanda sous le choc de l’accusation, rompt ses relations avec la France.

En 2009, le Rapport Mutsinzi rédigé par des  experts indépendants établit à l’inverse que l’attentat est l’œuvre d’une faction hutue dissidente. Le mobile de l’attentat est le rejet des accords de paix d’Arusha prévoyant la mise sur pied d’institutions de transition et l’intégration du FPR de Paul Kagame dans l’armée rwandaise.  Des dispositions considérées comme une véritable trahison par les extrémistes Hutus qui promettent alors l’apocalypse aux Tutsi et le renvoi du FPR dans les camps de réfugiés tutsis en Ouganda.

Le rapport souligne que les extrémistes ont bénéficié  de formations au maniement des lance-missiles. Entre autres en Libye, mais pas seulement. Que des stocks de missiles SAM 7 et SAM 16 provenaient de cinq pays différents dont la Corée du Nord et l’Égypte.

Les experts balistiques de l’académie militaire de Londres ont conclu, toujours en 2009,  que les tirs de missiles sur l’avion du Président Habyarimana provenaient des  environs directs du camp militaire de Kanombe contrôlé par les militaires Hutus de la FAR. Tous les témoignages sont concordants. Les conditions de tir étaient idéales ce soir là avec un fond thermique homogène.  Les tireurs situés à une distance comprise entre 1000 et 3000 mètres de l’appareil disposaient d’un bon entraînement.

Le dénouement vient d’éclater mardi 10 janvier 2012, 17 ans après les faits.   Les agences de presse françaises multiplient les dépêches unanimes :

"l’enquête des experts désignés par les successeurs du juge Bruguière, les magistrats Nathalie Poux et Marc Trévidic, met  hors de cause le Front patriotique rwandais (FPR) et Paul Kagame".

Le révisionnisme recule.

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Lien vers le "Rapport Trevidic" : Rapport-Expertise-Destruction-en-vVl-du-Falcon-50-Kigali-06-04-1994

Lien vers le "Rapport Mutsinzi" : Rapport Mutsinzi

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