L’affaire des cartes d’identité ethniques et du fichage racial au Rwanda sous le régime Habyarimana juste avant le génocide.

Publié le 13 janvier 2012

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Avertissement,

Il n’est pas nécessaire d’être expert du Rwanda ni de la question du génocide Rwandais pour comprendre le texte qui suit.  Ces quelques paragraphes sont extraits  in extenso du Rapport d’information N°1271 de l’Assemblée Nationale daté du 15 décembre 1998. Il s’agit d’un document officiel de la République consultable par tous les citoyens.  

Ce rapport porte sur sur les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994.

1994 est l’année du  génocide perpétré contre les Tutsi par le Hutu Power. Les massacres ont duré 100 jours  entre le 6 avril 1994 date de l’attentat contre le Président Habyarimana et le 4 juillet 1994 date de la Libération du Rwanda par Paul Kagame et ses troupes.

L’un des éléments clés du génocide fut le ciblage du million de victimes grâce au  fichage racial et aux cartes d’identité ethniques.

Les responsables français de l’époque liés au Président Hutu Habyarimana par des accords diplomatiques, économiques et militaires, s’étaient contentés de demander 4 ans avant le génocide, (alors que pesaient déjà de très sérieuses menaces sur la minorité Tutsie),  la suppression du fichage ethnique (considéré comme normal  par Habyarimana) mais sans s’assurer en aucune façon que les changements étaient mis en place. 

Procéder à ce contrôle était pourtant de leur devoir et aurait été d’autant plus simple que les nouvelles cartes avaient été  commandées en France. Comble de cynisme, le rapport révèle que ces nouvelles cartes allaient être livrées, 4 ans après la décision,  justement la semaine où l’avion d’Habyarimana était abattu (voir ici)

Cet attentat suivi quelques heures après de l’assassinat de la Premier Ministre, Hutue modérée, et de 10 casques bleus Belges, donnait le  signal du déclenchement du génocide.

Extrait du rapport N° 1271 de l’Assemblée Nationale :

(…)  "Il convient de s’arrêter sur la question de la mention ethnique sur les cartes d’identité. On sait en effet qu’au moins dans les villes et sur les routes, les cartes d’identité constituèrent l’un des principaux instruments du génocide ethnique. Dans la mesure où le terme “ hutu ”, “ tutsi ” ou “ twa ” y était porté, une simple vérification des cartes d’identité permettait de connaître l’appartenance ethnique de la personne contrôlée en vue éventuellement de l’éliminer.

Or, il a pu être envisagé que le retard dans la distribution des nouvelles cartes d’identité pouvait être attribué à la France elle-même. Cette opinion est apparue très précisément lors de l’audition de M. André Guichaoua par la Mission. Celui-ci a en effet déclaré :

“ Le système des quotas ethniques scolaires et professionnels était formellement aboli dès novembre 1990, tout comme la mention de l’ethnie sur les cartes d’identité. Les nouvelles cartes sont alors commandées à des entreprises françaises. Le conseiller culturel de l’ambassade de France déclarera le 26 mai 1994, devant les personnels du ministère de la Coopération, qu’elles étaient justement en cours de livraison la semaine où l’attentat contre l’avion présidentiel a eu lieu. Pourquoi ce retard ? Cette version correspond-elle à la réalité ? Il convient de préciser qu’aucune carte d’identité sans mention d’origine ethnique ne sera délivrée avant avril 1994 ”.

A M. Jacques Myard qui s’étonnait d’une telle assertion, puis au Président Paul Quilès qui s’enquérait du rapport entre la distribution des nouvelles cartes d’identité et les fonctions de l’attaché culturel français, M. André Guichaoua a alors répondu que

“ c’est par une déclaration de l’attaché culturel devant l’assemblée générale des personnels du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Coopération et de la Caisse française de coopération qu’il avait appris que l’ambassade avait été saisie de cette demande dès 1990 et que les cartes d’identité devaient être livrées au cours de la semaine où l’avion présidentiel avait été abattu. ”

Il a ajouté que

“ s’agissant des cartes d’identité, dans la mesure où l’abolition de la mention de l’ethnie avait été demandée en novembre 1990, il était important de savoir si une commande avait été passée, dans quelles conditions et à qui, et si l’explication alors diffusée à Kigali, à savoir que les cartes étaient en cours d’impression, correspondait à la réalité. ”

M. Pierre Brana, rapporteur, lui ayant alors plus précisément demandé s’il imputait le retard de la mise en œuvre de la réforme

“ au fournisseur des cartes d’identité, c’est-à-dire à la France ”,

M. André Guichaoua a fait valoir qu’en tout état de cause

“ la réponse était certainement interne au Rwanda, un fournisseur ne pouvant imposer une décision dans un tel domaine ”

mais qu’il

“ trouvait symptomatique qu’il ait été jugé utile de faire cette annonce en plein génocide, comme s’il y avait une responsabilité française dans ce dossier. ”

Dans la mesure où il y avait là l’expression d’un sentiment plus largement partagé, la Mission a souhaité vérifier l’ensemble des informations relatives à cette question. Lors de leurs auditions, M. Jean-Christophe Mitterrand et M. Jacques Pelletier ont exposé que la France avait demandé que la mention ethnique sur les cartes d’identité soit supprimée.

M. Jacques Pelletier, alors Ministre de la Coopération, a même confirmé avoir dit au Président Juvénal Habyarimana lors de sa visite au Rwanda en novembre 1990 que le fait que les cartes d’identité rwandaises

“ portent une mention ethnique lui paraissait ahurissant. Le Président Juvénal Habyarimana trouvait cette indication normale car il en avait toujours été ainsi. La pratique en avait été établie du temps des Belges, et l’on avait continué ”.

Le Président Juvénal Habyarimana lui avait toutefois dit

“ qu’il pensait que cette mention pouvait être supprimée. ”

M. Jacques Pelletier a ajouté qu’à sa connaissance

“ il n’y a pas eu demandes d’aide du Gouvernement rwandais pour la fabrication de cartes d’identité sans mention ethnique. ”

Il a également indiqué que la circonstance qu’il n’y ait pas eu de demande adressée à son ministère

"n’était pas, en soi, étonnante. La modification des cartes d’identité ne représentait pas une dépense considérable et le Rwanda pouvait la prendre en charge sur son budget ou s’adresser à un autre pays parce que, heureusement, la France n’était pas la seule à avoir une coopération avec le Rwanda".

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Texte sélectionné et présenté par NanoJV.

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