La fréquence des cyber-attaques s’accélère dans une insouciance relative. La cyber-guerre c’est en effet chez les autres. Un truc exotique pour les arabes, les israéliens et les iraniens. Un ovni géopolitique. Pas un sujet pour les présidentielles en France.
Les candidats déclarés ont la tête ailleurs, occupés à des choses vraiment “plus importantes”. Tout juste si les questions “cyber” figurent dans les programmes respectifs …Rien à voir donc ? On en reparlera sans doute plus vite qu’on ne le pense.
Hier le site de la bourse de Tel-Aviv, El Al la plus grande compagnie aérienne et quelques banques israéliennes ont été visées. Bien sûr sans dégâts, mais comme un coup de semonce tout de même. Au cours des dernières semaines des milliers de numéros de cartes de crédit ont été livrés à la curiosité publique ainsi que des identifiants et des mots de passe confidentiels. Première escarmouche.
Aujourd’hui les attaques ont visé les systèmes financiers de la Péninsule Arabique et encore une fois des milliers, des dizaines de milliers d’identifiants et de numéros sont partis dans la nature.
Le pire c’est que la fête ne fait que commencer, les cyber guérilleros (anonymes) de tous bords annoncent en effet avoir en stock des quantités vertigineuses d’information à livrer.
Rien ne semble désormais pouvoir stopper le vent de folie qui vient de se lever. Tous les dérapages sont possibles, toutes les provocations aussi (Oxomar est iranien et c’est le stock exchange saoudien qui est attaqué en représailles, personne bien entendu ne s’étonne, voir ici). Les cyber mafias et les Etats voyous attendent patiemment leur heure. Dans la pagaille générale, les mauvais génies vont pouvoir impunément s’en donner à cœur joie .
Que l’on ne compte pas sur les médias pour décrypter quoi que ce soit du chaos invraisemblable qui s’annonce, la presse d’investigation est raide-morte et les cyber-technologies ne concernent que des geeks qui eux-mêmes n’ont qu’une vague idée de la géopolitique et des enjeux planétaires.
Comme dans les vieilles malédictions, l’information existe mais tellement fragmentée, éparse et décorrellée qu’elle est incompréhensible pour le commun des mortels (seules quelques entités disposent des ressources pour tirer leur épingle du jeu, et encore – ici ). A peine a-t-on le temps d’assembler deux pièces du puzzle que le jeu a déjà changé (voir à titre d’allégorie le dernier concours lancé par les unités de recherches de l’armée américaine : ici).
Début décembre lors de la capture par l’Iran d’un drone furtif américain accidenté, les médias ont glosé sur les nouvelles capacités cybernétiques de l’Iran, désormais capable d’aveugler les satellites de la CIA, et prendre le contrôle des systèmes cryptés les plus sophistiqués de la planète.
Comme d’habitude presque personne en Europe n’a cru la version du Pentagone (ici) ni écouté la démonstration des experts américains qui disaient en substance que si l’Iran avait la capacité de hacker les systèmes les plus sophistiqués de l’armée américaine, ce n’est pas un inoffensif drone d’observation qui serait abattu mais tout le système bancaire occidental… A noter que ceci n’empêche pas cela.
Comme un avertissement que personne n’a voulu entendre. Et si demain la fermeture d’Ormuz s’accompagnait de la paralysie totale des systèmes bancaires, même pour quelques jours, quels seraient les effets ? Mais là encore l’éventualité ne figure ni dans les manuels, ni dans les programmes, ni dans les abaques des agences de notation.
A suivre.
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Ben
19 janvier 2012
C’est très inquiétant mais je préfère une cyberguerre à un conflit sur le terrain, causant mort et destruction. Les pays en cause possèdent ou posséderont de telles forces de destruction massive, qu’aucun conflit de haute intensité ne devienne raisonnablement envisageable. Le cyber-espace prend une telle place pour les générations qui s’annoncent que ni les medias ni les forces politico-militaires ne parviendront, malgré leurs efforts, à le contrôler. Ils préfèrent l’ignorer ou le traiter ironiquement. Comme les “cyber-guerrillos” sont anonymes, par définition,on ne sait pas qui ils sont. Ils se pourraient qu’ils soient tous de la même nationalité (devinez laquelle !) et qu’ils nous inciteront à nous battre, non plus dans le réel, mais dans un jeu genre battlefield ou killzone…une fois que l’attention des autorités planétaires aura été de la sorte détournée.