La stratégie du régime de Kigali est très efficace, sur le modèle israélien, avec exploitation du génocide

Publié le27 janvier 2012

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Lu hier dans le  journal de gauche ” Politis”:

“La stratégie du régime de Kigali est très efficace, sur le modèle israélien, avec exploitation émotionnelle du génocide des Tutsis”.

De qui est cette jolie petite phrase qui sous-entend que Kigali et Jérusalem instrumentalisent le Génocide Tutsi et la Shoah à des fins de propagande ?  On ne sait pas. 

La tribune publiée hier dans Politis est  anonyme, signée sous un pseudonyme de fortune, efféminé.  Sa source  ne fait cependant aucun doute.

Tout l’article épouse en effet point par point  les thèses du Hutu Power génocidaire concernant l’attentat du 6 avril 1994. Avec un objectif unique: tenter de jeter le discrédit sur les conclusions  du juge anti-terroriste Marc Trévidic qui innocentent les troupes de Paul Kagame dans l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana(1).

On note au passage que les experts militaires britanniques avaient déjà tiré les mêmes conclusions en 2009, excluant toute implication du FPR de Paul Kagame dans l’attentat. 

En contradiction avec toutes les évidences, la thèse révisionniste du Hutu Power et de ses alliés, imputait dès le départ cet attentat aux Résistants Tutsis.  Une façon  pour les génocidaires de tuer les victimes une deuxième fois, tout en se dédouanant de leurs propres crimes.

 Cette thèse s’est imposée en France, auprès de certains, car Paris était alors lié au régime Hutu raciste (la preuve ici) par des accords économiques, diplomatiques et militaires. Les résistants rwandais étaient donc vus comme des intrus à écarter, des “ougandais”, des “rwandais de l’extérieur” dont ne souhaitait pas le retour au pays, car réfugiés, minoritaires et anglophones. Un proche de Mitterrand a pu écrire sans risquer la moindre condamnation (2) dans un livre encore en ventre libre aujourd’hui :

“Au Rwanda la guerre a été déclenchée par les Tutsi, qui, pour accélérer leur conquête du pouvoir, ont commandité l’attentat dans lequel est mort le président légitime du Rwanda, attentat qui a été le facteur déclenchant du génocide des Tutsi.”

On a bien lu, toute la thèse révisionniste est résumée ici :  le génocide des Tutsis a été déclenché par les victimes elles-mêmes.

Et cela ne s’arrête pas là. Car voici poindre l’obsession pathologique du Juif, souvent associé au Tutsi dans le pandémonium révisionniste. Ainsi le même auteur, dans le même livre (3),  commet l’imprudence  d’écrire  : 

«Les mouvements juifs français sont les premiers à faire du chantage à l’antisémitisme, une pratique qui relève de l’intimidation et discrédite le véritable antisémitisme».

Un dérapage isolé ? Non, car on trouve aussi ceci :

“Comment décrire les actions d’influence de quelques personnalités et groupes juifs en France sans prendre le risque d’être accusé d’antisémitisme et d’être suspecté d’avoir toujours Les protocoles des sages de Sion à portée de main ?”

Et puis le “complot”  israélien surgit à son tour :

«Je découvris que depuis sa création l’État hébreu porte une très grande attention à l’Afrique»

(…)

“Vu d’Israël le Soudan fait presque autant question pour sa sécurité que l’Iran,  et le Rwanda d’aujourd’hui est un allié déterminant pour son containment». (4)

Ces thèses, de la culpabilité tutsi et  du complot judéo-israélien, ressassées à l’envi et en toute impunité depuis des années par les milieux révisionnistes, finissent par circonvenir les âmes naïves et esprits les plus malléables. C’est ainsi que le journal de gauche Politis  a publié, sans rien trouver à redire, la  petite phrase crapuleuse citée en ouverture :

“La stratégie du régime de Kigali est très efficace, sur le modèle israélien, avec exploitation émotionnelle du génocide des Tutsis”.

Commentaire de NanoJV : Compte tenu de la gravité des enjeux,  il serait bon que des journalistes trouvent enfin le courage de demander fermement à chaque candidat(e)  à la présidentielle comment il (ou elle) se situe par rapport au Génocide Tutsi et par rapport au Rwanda  d’aujourd’hui (voir ici).  Ces questions sont loin d’être triviales tant les destins des deux pays sont tragiquement intriqués depuis des décennies.  Les réponses apporteraient un éclairage intéressant sur  le vrai visage et la stature morale de ceux et celles qui briguent la plus haute fonction. 

Il importe en effet de savoir si  l’on poursuivra à l’égard du Rwanda la politique de main tendue,  de respect des victimes et de coopération  initiée avec conviction par le Président Sarkozy (voir ici) où si l’on succombera, dans la honte et le déshonneur,  à la tentation révisionniste  pour couvrir encore un temps,  les abjections du passé ?  (ici).

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(1) Cet attentat commis le 6 avril 1994, marque  le point de départ du génocide Tutsi (voir ici).

(2) De manière incompréhensible, le génocide Tutsi est le seul à n’être pas reconnu par la Loi Française (voir ici). Fait exceptionnel, le Génocide Tutsi peut donc être nié sans aucune conséquence judiciaire. Plus préoccupant encore, un tribunal français a établi en 2008 que traiter les Tutsis collectivement de menteurs en tant qu’ethnie ne constituait pas une provocation à caractère racial (!). Créant en cela une jurisprudence propice à tous les égarements.

(3) Le livre en question est “Carnages”  de Pierre Péan. 24€50. Edition Fayard.  Toujours en vente libre.

(4) En bon français, “containment” se dit endiguement. Mais évidemment,  cela fait moins complot anglo-américain  (voir ici).

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Rappel chronologique.

- 6 avril 1994 à 20H30 : attentat contre l’avion du Président rwandais Habyarimana mené par les extrémistes Hutus qui rejettent les accords de paix d’Arusha prévoyant l’intégration politique et militaire du FPR de Paul Kagame et le départ des troupes françaises. Dans la nuit du 6 au 7 avril, la garde présidentielle d’Habyarimana, assassine le Premier Ministre rwandais, Mme Agathe Uwilingiyimana, Hutue modérée alors qu’elle se rend à la radio pour lancer un appel au calme. 10 casques bleus belges chargés de sa protection sont assassinés par les extrémistes Hutus. Ces assassinats barbares marquent le début du génocide.

- 4 juillet 1994, après 100 jours de massacres abominables, le Rwanda est libéré par les troupes du FPR avec à leur tête, le résistant Paul Kagame.

- 1998 : Bruguière est saisi par les familles des 3 aviateurs français placés au service d’Habyarimana et tués lors de l’attentat. (Avant le début du génocide la France était liée au régime raciste par des accords de coopérations militaires, politiques et économiques, ce qu’une majorité de Français commence seulement à découvrir avec dégoût et stupéfaction. Lire ici à ce sujet : L’affaire des cartes d’identité ethniques et du fichage racial au Rwanda sous le régime Habyarimana, un article très facile à comprendre, même si l’on ignore tout du dossier rwandais).

- 2006 : Bruguière demande la mise en examen de plusieurs membres du FPR et recommande au TPIR d’inculper Paul Kagame, le Président du Rwanda.

- 24 novembre 2006 : le Rwanda sous le choc de l’accusation, rompt ses relations avec la France.

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Copyright NanoJV (reproduction non autorisée, extraits sourcés seulement).

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