Un article du NY Times publié aujourd’hui met en évidence les très graves lacunes du renseignement occidental en Iran.

Publié le 18 mars 2012

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new york times

Il y a toujours plusieurs façon de comprendre une information.  Ainsi Haaretz, citant le NY Times titre avec culot  "le Mossad et la CIA sont d’accord sur le fait que l’Iran n’a pas encore pris la décision de construire l’arme atomique".  Une farce en fait.

Avant d’aller plus loin autant le dire simplement à nos lecteurs : la grande guerre de l’information contre l’exécutif israélien entre dans une nouvelle étape. L’enjeu: stopper toute velléité de frappes préventives.

Selon le NY Times d’aujourd’hui, les responsables de l’administration US, s’appuyant sur les rapports des services de renseignements (les agences de 16 pays coopèrent plus ou moins sur la question), affirment que l’Iran n’a pas encore décidé de se doter de l’arme nucléaire.

Mais le NY Times reconnaît qu’en réalité  la communauté du renseignement se heurte à un mur et que les conclusions actuelles ne sont rien de plus que des hypothèses.

Le scandale n’est pas loin car le journal américain parle d’informations ambiguës, incomplètes, voire pas à jour. Pas à jour ! En fait dit le NY Times, on sait surtout ce que les iraniens ne font pas, mais pas ce qu’ils font réellement.  Et les agences pérorent…

Haaaretz, sur la base de l’article du NY Times, affirme que la CIA et le Mossad sont parfaitement en accord pour dire qu’en fait il n’y a pas assez de preuves pour déterminer si l’Iran construit ou non une bombe.

Ce qui aboutit à la situation ubuesque suivante: le NY Times cite un ancien responsable des services américains  qui sur la base de ce pataquès du renseignement lance : " je dirais que je crois à 75% en l’hypothèse (que l’Iran) n’a pas relancé le programme".  75% ? C’est mieux que la roulette russe mais tout de même…

Un autre reconnaît benoitement que l’Iran constitue la cible la plus difficile pour la communauté du renseignement, bien plus coriace que la Corée du Nord.

Et la perle, à la limite de l’irresponsabilité : " ben, c’est en partie parce que leur système (celui des iraniens) est si déroutant, il est difficile là-bas de dire qui dit quoi à propos de quoi".  Difficile ?

Et encore cette saillie consternante : " on est pas sur le terrain, et ne pas avoir de personnel sur place pour saisir les nuances est un problème".  Les nuances…on hallucine.

Un problème ? On a l’impression que côté israélien la situation n’est pas meilleure. Haaretz souligne la méthode impulsée par Dagan (ancien patron du Mossad controversé et en rupture avec l’exécutif israélien ) : s’appuyer sur des agents kurdes du Nord de l’Irak sur les moudjahidin du peuple (MEK) basés en Irak. (Des organisations efficaces mais aussi composées de transfuges et potentiellement infiltrées par le régime iranien).

Pour le NY Times la trace du programme nucléaire militaire iranien a été perdue en 2003.

Les agences de renseignements n’ont pas de difficultés à identifier les pièces les plus visibles du puzzle comme la fabrication de missiles balistiques ou les activités d’enrichissements.  Il est en revanche beaucoup plus difficile de  rassembler ces pièces et d’acquérir une vraie vision stratégique de ce qui se fait ou non. C’est là que les agences de renseignements bloquent et parlent d’un système iranien très morcelé, compartimenté, impénétrable.  Le pire c’est qu’il n’y a même pas de débat ou d’émulation salutaire. Car comme le souligne Haaretz; le Mossad semble calé sur la CIA depuis quelques années.

Les espions ont semble-t-il du mal avec l’Humint, la connaissance de ce que les gens pensent et savent en face. Totalement immatériel. Et  la doctrine actuelle de sous-traiter cette activité à des organisations improbables sur lesquelles ni Israël ni les USA ne peuvent prétendre exercer le moindre contrôle, n’arrange rien. 

En apparence, les services se concentrent presque exclusivement sur l’observation du visible et l’écoute de certaines conversations (Sigint, Imint). Les iraniens le savent parfaitement et en tiennent compte. Reste la distribution éventuelles de capteurs électroniques dans le sol placés en des points stratégiques et…les rapports des inspecteurs de l’AIEA.

L’article du NY Times jette ainsi une lumière crue sur la faiblesse du rens occidental, avec en cerise sur le gâteau la révélation d’une boulette grave (d’origine technologique) survenue en 2004. Sans parler des manipulations dont la CIA a été victime à plusieurs reprises.

On se souvient qu’en 1978, 6 mois avant la chute du Chah, la CIA annonçait que l’Iran ne risquait aucune déstabilisation (la France elle, était en avance de phase puisque l’Ayatollah Khomeiny était généreusement hébergé à Neauphle le Château par la Patrie des droits de l’homme).  Lire ici.

Bref, le NY Times (spécialisé dans les psyops) conclut sur une touche étonnante: en dépit de tout ce qui précède "les analystes du renseignement américain croient toujours que les iraniens n’ont pas obtenu le feu vert de l’Ayatollah Khameini pour relancer le programme (nucléaire militaire)".

Cool. On peut même leur annoncer un scoop. Ce feu vert ne viendra…jamais. Pourquoi ? Alors les loulous on ne lit pas la presse iranienne ? Eh bien parce que Khameini en personne a édicté une fatwa condamnant formellement l’acquisition de la bombe. Certifié.

Les analystes du rens formé à la vieille école de papa (ou de pépé) ont apparemment du mal à capter les informations de type "quantiques" comme on les nomme ici. Vraies et fausses à la fois.

Notre pari, compte tenu de la gravité des enjeux: la sécurité de l’emploi va en prendre un coup dans les prochaines semaines au sein des agences de renseignements. La fête est finie.

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