Cocktail explosif au Soudan. La vie d’un demi-million "d’étrangers" est brusquement suspendue à un fil.

Publié le 2 mai 2012

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Au total un demi-million de soudanais du sud vivant au Soudan sont dans le collimateur.  Et pas de n’importe qui.  Le dictateur du Soudan (allié de l’Iran) est déjà accusé de crimes de guerre, de crime contre l’humanité et de génocide au Darfour. Rien que ça.   Mais pour d’obscures raisons il continue d’être reçu ça et là à l’étranger, notamment en janvier dernier en grande pompe en Libye (la France a dépensé 300 millions d’euros qu’elle n’a pas, pour libérer la Libye, qui aussitôt remercie le dictateur voisin pour son soutien militaire, on croit rêver).  Presque personne n’ose piper.

Dans l’immédiat un groupe de 15000 personnes est particulièrement menacé.  Ce sont des réfugiés privés d’eau et de nourriture, soumis à une pression importante pour quitter le Soudan avant samedi 5 mai, soit dans un délai de 3 jours.   Ils sont regroupés (ou plutôt concentrés) dans la ville de Kosti au bord du Nil Blanc qui remonte jusqu’au Sud-Soudan. Ces réfugiés étiquetés comme étrangers sont entassés là depuis des mois. Le gouverneur local a déclaré qu’ils représentaient une menace pour les (vrais) soudanais et lancé un ultimatum. Il faut dégager avant samedi.  Dehors, raus schnell!

L’affaire est très mal partie puisque les organisations humanitaires estiment à la louche qu’il faut au moins 4 mois et une bonne  vingtaine de barges pour évacuer tout le monde, en entassant un demi millier de personnes hommes, femmes et enfants par barges dans des conditions inhumaines et risquées.  Plus encore quelques dizaines de barges pour les bagages (si, ces gens ont des bagages).  L’alternative est que les réfugiés qui n’ont déjà pas grand chose abandonnent tout sur place et s’enfuient comme ils le peuvent au péril de leur vie. Il y a plus de 100 km à parcourir pour arriver en lambeaux dans une zone inhospitalière de l’autre côté de la frontière. 

Le contexte est particulièrement lourd puisque le Nord effectue des bombardements réguliers contre les populations civiles du Sud Soudan avec des Migs et des Antonov russes.   Ceci afin de dissuader le sud de faire valoir ses droits sur les immenses ressources en pétrole concentrées sur son territoire,  devenu le 54ème état africain le 9 juillet 2011 avec les félicitations de la communauté internationale. 

La pression est également importante sur les populations exogènes  séjournant à Khartoum, la capitale du Soudan, soumise à la charia.   Le 21 avril par exemple des émeutiers surexcités ont incendié une église et brulés les livres saints  sans réelles protestations internationales (lire ici). Le dictateur soudanais a dans le même temps traité les sud soudanais d’insectes au cours de  diatribes enragées. 

Et l’ONU ? Ben l’ONU renvoie les "belligérants" dos à dos et le conseil de sécurité menace aujourd’hui le Sud Soudan et son agresseur du Nord,  de sanctions conjointes si les deux pays ne se mettent pas d’accord dans les quinze jours.  On se pince. A part cela les politiques ont mieux à faire que de se préoccuper  du sort de réfugiés africains (on a déjà suffisamment de fil à retordre avec les étrangers chez soi n’est-ce pas ?).  Quant à la presse, elle produit des dépêches  obscures auxquelles personne ne s’intéresse et ne comprend rien vu la façon brouillonne dont les choses sont présentées.  Voilà. On a strictement rien appris du passé (voir ici). 

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