Amahoro donc. Tout le monde a lu la petite dépêche a de l’AFP annonçant que Paul Kagame, Président de la République du Rwanda, accuse certaines capitales occidentales d’accueillir des génocidaires.
Il n’est pas tout à fait certain cependant que l’on comprenne le sens de ces mots ici, en Europe.
Car il faudrait alors se demander pourquoi et comment un tel déni de justice est possible et comment "certaines capitales" peuvent se comporter avec tant de cynisme, de légèreté et d’immoralité.
Et quand bien même certains entendraient et comprendraient, ces quelques phrases extraites par l’AFP ne représentent qu’un petit fragment de l’intervention du chef de l’État rwandais à l’occasion de la 18ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 100 jours, en 1994. 1 million de morts.
Alors on se reporte au discours original prononcé à Amahoro pour réécouter attentivement chaque mot, car ce n’est pas Paul Kagame qui parle, c’est le Rwanda.
Tellement vrai que sur la bande son, en plus des paroles du Président on perçoit aussi les cris…Ou plutôt les hurlements de douleurs qui éclatent dans les tribunes. Il n’est pas venu à l’idée des agences de presse de dire qu’en plus des discours, des poèmes et des chansons commémorant le génocide, il y a des hurlements dans la foule, terribles. Car les démons et les fantômes aussi s’invitent à chaque commémoration, comme ce 7 avril 2012.
Des cris de douleurs tellement puissants, hors normes (lire ici), qu’ils ébranlent le stade de 30000 personnes. Tellement déchirants qu’ils en entraînent des centaines d’autres en rafales. Partout des silhouettes se tassent dans les gradins. A serrer des poings en silence, le regard voilé, à se mordre les lèvres pour ne pas pleurer de chagrin, de honte ou de rage. Paul Kagame entend cela comme les autres.
Il sait, il a vu, il a vécu tout cela. Il reçoit chaque cri. Lors de son passage à Paris le 11 septembre 2011, il a eu des mots très forts pour suggérer que seul connait la nuit celui qui a vécu des nuits blanches. Et des nuits blanches j’en ai connu beaucoup dit Kagame (lire ici).
Alors il sait que, ce 7 avril, sa voix ne doit pas trembler, qu’il n’a pas le droit d’hésiter, qu’il est le glaive et le flambeau. A l’image du symbole de la CNLG la commission nationale pour la lutte contre le génocide, la Mémoire du Rwanda. A la fois flamme du souvenir et jeune pousse dressée vers le ciel. Tirer les enseignements du passé pour construire un bel avenir.
Kagame adresse ses premiers mots aux étrangers présents et remercie ceux, nombreux, qui ont envoyé des messages de solidarité alors que le Rwanda se souvient des siens, de ceux qui ont péri dans le génocide.
Nous nous souviendrons d’eux à jamais dit Kagame, de telle sorte que ceux qui n’ont pas connu cette période puissent en apprendre l’histoire, les causes du génocide, en tirer les leçons et faire en sorte qu’il ne se répète pas.
(Alors que Paul Kagame s’exprime lentement en anglais, en détachant chaque mot, des hurlements de douleur déchirent le silence du stade. Le Président ne s’interrompt pas).
Kagame dit lentement et bien distinctement :
Mais alors que nous honorons la mémoire de nos disparus, certains de ceux qui les ont tués évoluent toujours librement dans plusieurs capitales du soi-disant monde libre. Il y a peu d’efforts pour les appréhender et quand cela arrive c’est un simulacre destiné à nous aveugler et nous donner l’impression qu’ils rendent la justice. Même quand cela arrive ils (les génocidaires) sont relâchés peu de temps après.
Cependant quand des actes de terrorisme sont commis contre les citoyens de ces pays (du monde libre), le monde entier est mobilisé, voire enrôlé, pour rechercher les criminels afin qu’ils soient arrêtés et jugés.
Il apparaitrait ainsi que la vie des Rwandais ou des Africains soit moins prisée que la vie de leurs citoyens (les citoyens du monde dit « libre »).
Pire encore, ceux qui ont commis le Génocide ici au Rwanda et ceux qui souhaitent nous dénier paix et sécurité peuvent en toute quiétude exercer leur liberté politique, au point qu’on leur accorde la possibilité de célébrer le génocide et proclamer que ce qu’ils ont commis (le génocide) est juste. (Sans doute) comprenons-nous (nous Rwandais) mieux ces libertés, dont il est question, et la valeur de la vie que ceux qui commettent ce non-sens (la liberté accordée aux génocidaires).
Ceux qui les soutiennent nous accusent de toutes sortes de choses : manque de démocratie, droits de l’homme, de liberté d’expression, alors même que ce que nous faisons va dans le meilleur intérêt de tous les nôtres (l’ensemble des citoyens rwandais).
De quoi s’agit-il, (ne sommes-nous pas ici face) à une hypocrisie et une injustice absolue, à un exemple flagrant des doubles standards auxquels nous, les Africains, sommes confrontés depuis longtemps et que nous devons sans cesse rejeter par tous les moyens.
Si nous, au Rwanda, n’avions pas appris de cette histoire hideuse, pour construire l’unité et la réconciliation pour notre peuple, nos affaires intérieures seraient encore (aujourd’hui) gérées par d’autres.
C’est le sens et l’esprit avec lequel nous avons fait face à la période post-génocide. Nous avons continué et bien progressé grâce au courage et à la force dont les Rwandais ont toujours fait preuve, par patriotisme, en luttant pour l’unité, et (en adoptant) une forme de gouvernance qui cherche à promouvoir les intérêts de tous les citoyens.
Aujourd’hui nous sommes plus forts, avec une aptitude et une capacité plus grande que jamais auparavant. Nous avons instauré la stabilité. Les Rwandais se sentent bien dans leurs vies. Leur participation à la transformation sociale et économique de notre pays nous donne l’espoir que nous pouvons saisir les nombreuses possibilités de reconstruire notre pays bien au-delà (de ce qui a déjà été fait).
Chers compatriotes (Kagame s’adresse à tous les Rwandais sans distinction) il ne fait aucun doute que nous sommes sur la bonne voie. Continuons à œuvrer ensemble, faisons davantage encore, en utilisant nos propres solutions, celles qui nous ont réussi jusque là.
Chaque Rwandais devrait faire tout ce qui lui est possible, puiser dans sa force intérieure pour surmonter nos défis et travailler à (l’avènement de) la vie que nous désirons et que nous méritons.
Et il y a d’autres bonnes raisons à notre optimisme quant au futur. Les Rwandais montrent encore le courage extraordinaire dont ils ont toujours fait preuve. Alors que nous commémorons le génocide, nous devons féliciter les survivants qui ont fait preuve d’une résilience remarquable. Ils ont refusé de se laisser consumer par le chagrin, et fait valoir leur droit de vivre, comme tous les Rwandais.
Notre optimisme se fonde également sur la jeunesse du Rwanda. La génération née pendant le Génocide est maintenant adulte (le Génocide est survenu il y a 18 ans). Ils ont grandi dans un Rwanda digne, un pays où tous les enfants ont les mêmes droits et bénéficient des mêmes opportunités, un pays où tous sont égaux devant la loi.
Je veux souligner dit Kagame, que chaque peuple est le premier dépositaire de sa propre histoire. Et bien que nombre des nôtres aient péri dans le Génocide, ceci relève toujours de notre histoire. Les lendemains du Génocide – qu’il s’agisse des preuves apportées aux tribunaux, des jugements rendus par ces tribunaux ou du nouveau pays qui a émergé par la suite- tout ceci nous appartient, même si cela doit être partagé avec le reste du monde, et en particulier avec notre propre Continent.
C’est pourquoi nous devrions être les gardiens par excellence, de toutes ces choses parce qu’elles constituent la partie essentielle de notre Histoire, et sont d’une immense valeur pour nous.
Il n’y a aucune raison valable pour lesquelles tous les documents concernant le Génocide ne devraient pas être placés sous notre garde, dans notre pays, ici au Rwanda. Il n’y a aucune raison valable à cela.
Permettez-moi de saisir cette occasion pour remercier tous nos amis – les individus et les États – qui se sont tenus à nos côtés au cours des dix-huit dernières années.
Ils ne nous ont pas seulement soutenus dans nos programmes de développement, mais ont aussi contribué à faire comprendre le Génocide dans le reste du monde, et soutenu la lutte contre les négationnistes.
Je remercie les Rwandais pour leur rôle dans les juridictions Gacaca (prononcer gatchatcha) dont nous connaissons tous la valeur et la fonction. Ce que ces tribunaux ont réalisé a surpassé toute attente. Ils ont à la fois rendu justice et (œuvré à) unir les Rwandais dans le même temps. Ces tribunaux sont une preuve de notre capacité à trouver des solutions à des défis qui paraissaient insurmontables.
En conclusion, je tiens à assurer tous les Rwandais que le Gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir et (mobilisera toutes) ses institutions pour consolider ce que nous avons réalisé au cours des dix-huit dernières années.
(on entend toujours des hurlements sporadiques dans la foule)
Kagame poursuit d’une voix ferme :
Sur cette base, je dis, sans aucun doute, que ceux qui abritent encore des idéologies négationnistes ou génocidaires, ne seront pas autorisés à nous ramener à notre histoire tragique.
Ils ne le feront pas, ils ne le pourront pas, ils ont déjà échoué. Il n’y a pas une chance sur plusieurs millions, pour eux, de réussir face à nous. Nous sommes plus que prêts à être testés sur ce point. Nous sommes plus que prêts. Peu importe qui ils sont et qui les soutient. Cela ne se produira pas. Pas une chance sur des millions.
Rwandais, je vous souhaite à tous, force et paix en ces moments difficiles. Merci.
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(Paul Kagame poursuit en Kinyarwanda, "mon Kinyarwanda" dit-il par affection pour sa langue, la langue du Rwanda, Un et Indivisible).
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Copyright NanoJV, Kigali.
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Biggwi
14 mai 2012
Le plus triste de l’histoire, c’est qu’il y ait encore des rwandais, soutenus de l’extérieur ou pas, qui souhaiteraient que l’innommable se reproduise.
Ceux-là pensent que leur existence dépend de l’absence de cet autre. Que cet autre leur fait ombrage ; sont-ils à ce point insignifiants, que l’unique réponse à leur malaise serait la solution finale ? Cela donne à suffisance, le profit psychiatrique de ceux qui n’ont aucun repentir sur cette abomination. Seraient-ils encore à classer dans la catégorie de gens normaux.
Et c’est là, le problème existentiel sur le quel les psy devraient se pencher, plutôt que de focaliser leur commisération sur les rescapés qui ont prouvé qu’ils avaient suffisamment de ressources pour s’en remettre ; s’ils n’étaient la cible pérenne de ceux qui, machette à la main, sont surpris en flagrant délit, cherchant à faire disparaître toute trace et faire taire les témoins éventuels de leurs turpitudes. Et on accuse le Rwanda de ne pas être un pays de droit, lui qui laisse ces assassins libres de leur mouvement, tant que leur culpabilité, n’est par eux-mêmes établis ?
Et quand notre Président dépeint ce monde libre, il veut sans doute parler, de celui qui laissa bombarder la Libye, assassiner Kadhafi et qui, désormais, a soumis à la soupe populaire, un peuple si fier il y a peu ; comme pour lui signifier son total anéantissement. Et tout cela dans le seul but de s’accaparer de son pétrole : Monde libre de tout razzier.
Ceux qui ont emprunté ces escarpements rocailleux, trébuché ou chu ; ceux-là seuls connaissent les vicissitudes du chemin. Ceux qui s’y hasarderont, trouveront désormais du répondant ; cela n’arrive pas qu’aux autres. Alors, le Président a raison de dire que nous sommes plus forts que jamais. Ceux qui ont les moyens de fabriquer les armes, ne peuvent prétendre mieux les manier que nous (…)
Ils peuvent laisser les africains s’entretuer jusqu’au dernier, mais ils n’oseraient aventurer les leurs face à des gens disposés à faire le sacrifice suprême pour une cause juste. Et dans ce seul cas, le Boss aurait, peut-être raison, de penser qu’à leurs yeux, toutes les vies ne se valent.