Le nec plus ultra de l’analyse stratégique israélienne dit d’attaquer et de faire la paix. En même temps.

Publié le 23 mai 2012

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Yehezkel Dror, conseiller influent, analyste stratégique, lauréat du Prix d’Israël, et fondateur du think-tank JPPPI sur le futur du Peuple Juif  ose la provocation. Il n’hésite pas à dire

"je suis un élitiste. 80% des décisions critiques en Israël sont formulées par 100 ou 200 personnes. Ce sont mes "clients". Ce sont les personnes dont je souhaite qu’elles (me) lisent et (me) commentent. Les autres, je souhaite aussi qu’elle (me) lisent, mais je suis plus intéressé par cette petite centaine, parce que ce sont eux qui peuvent faire la différence".

Son dernier rapport jette un pavé dans la mare. Daté de mai 2012, sous label du centre d’études stratégiques Begin-Sadate de l’université de Bar Ilan (BESA), le rapport s’intitule : "Impératif intégré: attaquer l’Iran et lancer une initiative de paix régionale".

Voici résumées les grandes lignes de son approche :

1) La possession par l’Iran de l’arme nucléaire pose un sérieux danger pour Israël, aggravé par un risque de prolifération au Moyen-Orient.

2) Les sanctions sont supposées empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique et en cas d’échec les USA lanceront un raid préventif.

3) Cependant, Israël ne peut laisser sa sécurité nationale dépendre de décisions incertaines prises par d’autres.

4) Si donc l’Iran n’est pas arrêté dans sa course vers l’arme atomique, Israël n’aura d’autre choix que d’attaquer les installations nucléaires iraniennes pendant qu’elles sont encore vulnérables.

5) Dans cette hypothèse, une réaction violente de l’Iran est prévisible. Elle ne doit cependant pas être surestimée. Car même en suivant les hypothèses les plus pessimistes, les dommages causés à Israël seront de loin inférieurs à ceux que provoqueraient une attaque nucléaire.

6) En plus de la dégradation des relations avec les USA, le monde arabe et d’autres puissance, la conséquence la plus grave de frappes préventives israéliennes sera la détermination iranienne à se venger par la suite.

7) Afin de compenser ces effets négatifs, Israël doit donc combiner ses attaques avec une initiative de paix globale au Moyen Orient.

8) Cette initiative de paix n’est pas sine qua non mais elle rend plus acceptable la recommandation de l’attaque.

Yehezkel Dror admet dans son rapport que le pari est risqué, il parle d’ailleurs de nécessité tragique mais affirme aussitôt que ne pas parier du tout, ne rien faire, est le pire des paris.

De manière intéressante Dror balaie la pertinence du débat sur la rationalité ou non de l’Iran et substitue à la notion de rationalité celle de "raisonnabilité". Selon lui l’Iran serait donc très rationnel mais pas du tout raisonnable.

Par ailleurs,  Dror conteste les conclusions de l’exercice mené en mars 2012 par le US central command (lire ici) en raison de l’imprédictibilité des événements dans ce cas.

Certains analystes expriment déjà de violentes critiques à l’encontre du rapport de Yehezkel Dror, en dénoncent le "machiavélisme" et pointent par exemple la vacuité et le flou d’un soi-disant processus de paix régionale qui ne collerait pas aux concessions jusqu’ici demandées à Israël.

Il est vrai qu’à aucun moment le conseiller stratégique ne parle de concessions. C’est l’un des enjeux du rapport.  Précisément.

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