Le succès du Rwanda vu par le Boss. Bonne équipe, bon coach, discipline, confiance en soi et vision à long terme.

Publié le 28 mai 2012

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Il y a 18 ans, 1 million de personnes ont péri en 100 jours dans le Génocide perpétré contre les Tutsi par le Hutu Power. Le Rwanda était anéanti.  "On ne pouvait pas descendre plus bas" dit le Président Kagame.

Sorius (*) impressionné par les progrès fulgurants réalisés par le Rwanda, demande au Président pourquoi et comment le Rwanda s’en est sorti plus vite que d’autres pays touchés par la guerre.

"C’est grâce aux Rwandais eux-mêmes" répond  Paul Kagame.

"Les gens de mon pays sont résilients, ils ont tiré de nombreuses leçons de notre histoire, de tout ce qui s’est passé ( le Génocide)…".

"Tout le monde a compris, que ce qui s’est passé a pris son origine en nous-mêmes (au sein de la nation rwandaise) et s’est produit à cause de mauvaises politiques, d’un mauvais leadership"

"(tout le monde a compris) qu’en changeant cela nous pourrions avoir des résultats différents".

"Aucun problème n’est insurmontable".  Kagame explique que ce n’est pas une question d’argent ou de soutien extérieur, mais avant tout de confiance en soi. La clé du succès du  Rwanda, c’est que les Rwandais ont pu retrouver leur assurance et qu’ils pilotent et mettent en place eux-mêmes   le processus de changement.

Sorius demande à Kagame d’expliquer pourquoi, lui, le Président est un bon Capitaine comme on le dit partout, au Rwanda et en Afrique.

Kagame répond qu’il est flatté par la remarque mais que beaucoup pourraient sans doute faire la même chose que lui.  Pour Kagame, la clé c’est en effet  le leadership. C’est le leadership qui fait toute la différence.  Il faut avoir un but et s’astreindre à beaucoup de discipline. Il faut dit-il une bonne équipe un bon coach, de la discipline et une vision de long terme. 

S’agit-il de transposer l’esprit du football à la gouvernance, interroge Sorius. Kagame confirme en effet que le sport en général se connecte à tous les aspects de la vie et dépasse toutes les formes de divisions.  Le sport ignore la race, la tribu, la religion, la couleur. Tout le monde veut gagner mais dans l’esprit de compétition.  On ne parle plus d’ennemis mais d’adversaires avec lesquels on se réconcilie après le match. 

Le sport fait converger tout le monde, c’est une expression, une métaphore, de la Nation.  Et cela sert ensuite pour d’autres causes. Ce qui importe c’est l’esprit d’équipe,  l’unité, la volonté de gagner ensemble. De créer des opportunités pour tous.

On l’a compris, Kagame, supporter d’Arsenal (sa femme et son fils soutiennent Manchester), n’est pas là seulement pour parler football. Mais pour marquer.

Sorius évoque 2017 et explique qu’en tant qu’Africain il s’inquiète de l’après-Kagame. Il fait le parallèle avec  l’après Jerry Rawlings au Ghana.

Kagame répond que le Rwanda investit  aujourd’hui dans les institutions, et mise beaucoup sur la nouvelle génération. En s’attachant à former et promouvoir le plus  de talents possibles, pour prendre la relève. C’est la meilleure garantie pour le futur.  Il se dit convaincu que quelqu’un émergera le moment venu et fera un  travail aussi bon que celui qui a été accompli jusqu’à présent.

Avec une pointe d’indignation, Sorius demande à Kagame ce qu’il pense, en tant que leader, en tant que Rwandais, en tant qu’Africain, du fait que les Français et les Occidentaux considèrent qu’ils sont investis du droit divin,  de juger les Africains.

Kagame répond que cela le met mal à l’aise et qu’il souhaite relever ce défi.  Et  leur dire (aux anciens coloniaux) :

"vous ne pouvez pas être le standard pour nous car personne ne veut devenir comme vous. Nous voulons devenir meilleurs, mais en restant ceux que nous sommes". 

Kagame assure qu’il ne recherche pas à entrer dans  des polémiques stériles avec les Occidentaux, mais à répondre  par  les actes, de manière incontestable, irréprochable, tout simplement en faisant ce qui est juste.

En conclusion, Sorius témoigne que parmi tous les jeunes joueurs qu’il a approché dans le cadre de son film documentaire, aucun ne se définit comme Hutu ou Tutsi:  tous se présentent comme Rwandais.


(*) Sorius Samura, réalisateur de cet interview, mis en ligne en V.O. ci-dessous, est l’auteur de films documentaires de renommée internationale comme Cry Freedom (lauréat des Emmy Award) ou encore Exodus from Africa ou Living with Hunger. Sorius Samura a également travaillé sur la question des réfugiés Soudanais…

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