Retour de "Flame". On croit avoir affaire à un virus et on se retrouve avec l’une des plus grosse psyop du 21ème siècle

Publié le 30 mai 2012

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Israélien Flame ? On lit partout que le nouveau virus 20 fois plus sophistiqué que Stuxnet, est israélien. Stuxnet est encore dans toute les mémoires.  C’est le ver informatique qui a infecté les centrifugeuses iraniennes de l’usine de Natanz,  sans dégâts importants (un millier de centrifugeuses ont été mises hors services et remplacées par des appareils plus puissants et mieux protégés). Le programme nucléaire iranien se poursuit depuis, de plus belle (voir ici).

Aujourd’hui on rejoue le même scénario. La plupart des pays occidentaux, redoutent en effet comme la peste une intervention israélienne contre le nucléaire iranien (ici) et seraient prêts à se damner pour éviter un tel scénario, catastrophique pour leurs économies chancelantes (ici). Une vision partagée par certains décideurs israéliens civils et militaires (lire ici).

En juin 2010, Stuxnet était arrivé à point nommé pour faire retomber la tension autour du programme iranien (ici).  Le virus prouvait la vulnérabilité de l’Iran , et démontrait à l’opinion internationale que le péril nucléaire iranien était sous contrôle. Il suffisait de lancer une cyber attaque pour mettre Téhéran à genoux.  Et puis ne venait-on pas d’inventer la guerre propre, sans victime, menée avec un clavier, une souris et quelques lignes de codes.

Tout le monde a trouvé  son compte dans l’opération Stuxet, y compris l’Iran, qui s’est doté dans la foulée d’une cyber-défense renforcée (ici), tout en se posant en victime.

Aujourd’hui la maison brûle, l’Iran s’approche de la zone d’immunité nucléaire (avant la fin de l’année) et le leadership israélien est prêt à passer à l’action (ici).   C’est à ce moment que surgi Flame/ Skywiper.  Opportunément.

Le buzz est énorme.  Toutes les sociétés d’antivirus ( Kaspersky, Crysys, Symantec, F-Secure, McAffee)  rivalisent d’arguments pour convaincre les médias que Flame est la cyber attaque la plus sophistiquée de tous les temps.  Peut-être.

La tentation est grande dès lors de conclure que c’est Israël qui a fait le coup. Une thèse qui renforce les opposants israéliens aux frappes aériennes contre l’Iran (ici). On assiste à des clins d’œil appuyés, comme à l’époque de Stuxnet (ici).  L’Iran jubile, car le scénario sert paradoxalement les intérêts à courts termes de la république islamique.  Téhéran se pose en victime et dans le même temps affirme que le virus est sous contrôle.  Coup double.

Tout le monde est content. A un détail prêt. Les faits.  Une fois de plus.  Certaines voix s’élèvent en effet pour rappeler qu’un code tel que Flame n’est pas nécessairement la création d’un Etat.  On avait à l’époque apporté la démonstration qu’un ver comme Stuxnet pouvait avoir été conçu par quelques chercheurs en sécurité,  très motivés (lire ici).  Pour Flame c’est la même chose.

Stuxnet n’avait presque rien détruit. Qu’en est-il de Flame ?

Il est intéressant de noter l’insistance avec laquelle l’Iran et certains relais occidentaux montrent Israël du doigt dans l’affaire Flame. Certes comme le rappelle le ministre israélien des affaires stratégiques,  Israël dispose de capacités cybernétiques hors du commun et personne au sein de l’État Hébreu ne se lamentera  des déconvenues de l’Iran. Pour autant ce n’est pas une signature irréfutable. D’autres pays disposent de capacités de cyber attaques développées et ont encore plus intérêt qu’Israël à lancer (ou faire lancer) des opérations psychologiques sur l’Iran, pour temporiser.

8200 ? Comme à la grande époque de Stuxnet on ressort le nom de l’unité cybernétique des renseignements militaires de Tsahal.  

Pour illustrer la faiblesse de l’argument, on citera l’exemple de Tikun Olam,  l’un des sites américains (et juifs) les plus anti-Netanyahou/Barak.  Sur la base de soi-disant fuites au sein de systèmes de sécurité israélien, Tikun Olam prétend que c’est Israël qui a développé Flame.  Et plus précisément l’unité 8200, shmone mataïm, avec un coup de pouce du Mossad.  On sourit tant le scénario est scolaire et naïf. Apparemment ces gens "bien informés" ont une vision assez lacunaire du microcosme cybernétique israélien et raté au passage quelques épisodes surprenants.

C’est semble-t-il le même réseau qui avait intoxiqué le New York Times avec l’histoire abracadabrante des centrifugeuses de Dimona (ici) ou l’ébouriffante affaire de l’attaque ciblée des drones du Hezbollah sur la base secrète de Sdot Micha (ici). 

Qu’est-ce qui a l’air d’un canard, se dandine comme un canard et cancane comme un canard ?  (réponse ici)

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(*) PSYOPS : Utilisation planifiée ou programmée de toutes formes d’actions humaines non coercitives destinées à influencer les attitudes ou les actions des groupes ennemis, neutres ou alliés de manière à servir les intérêts nationaux

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