De Gaza à la République Démocratique du Congo, la subversion se nourrit de rumeurs journalistiques très ciselées

Publié le 4 juin 2012

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Désinformation Manipulation Intox M23 Rwanda Monusco HWR

Petit théâtre de la désinformation en Afrique et au Proche-Orient. 

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Acte 1. L’action se déroule en Ukraine, à Gaza et en Israël.

Le 18 février 2011,  l’ingénieur palestinien Dira Abu Sisi monte dans un train à Kharkov  (Ukraine). Abu  Sisi est directeur de la centrale électrique de Gaza. Le lendemain à l’arrivée du train à Kiev, il a disparu.

Selon un témoignage, 3 "membres des services de sécurité ukrainiens" sont entrées dans le compartiment,  ont contrôlé ses papiers  et l’ont emmené. 9 jours plus tard, la femme de Abu Sisi reçoit un coup de fil lui annonçant que son mari est en prison en Israël. A noter que l’Ukraine n’a formulé aucune plainte officielle à l’encontre d’Israël pour cette action.

Israël accuse Abu Sisi d’être le cerveau du programme de missiles du Hamas et de détenir des informations capitales sur Gilad Shalit (alors retenu en otage dans la zone contrôlée par le Hamas).

Gabriel Gatehouse,  journaliste à la BBC couvre à cette époque le cas Abu Sisi dans un sens défavorable à Israël. Il publie notamment divers sous-entendus laissant supposer tour à tour qu’Israël se serait trompé d’individu, que l’État hébreu aurait surestimé l’ importance de l’ingénieur palestinien dans le dispositif du Hamas, ou encore qu’on lui aurait arraché des aveux sous la contrainte. 

Le site antisioniste notoire Tikun Olam, spécialisé dans la désinformation a d’ailleurs salué le travail du journaliste britannique  et a reconnu lui avoir fourni un soutien dans ses travaux. Tikun Olam  relaie notamment une thèse abracadabrante selon laquelle le N°2 du Contre-espionnage israélien en personne (et actuel patron du Shabak homologue de la DCRI) serait venu interroger Abu Sisi dans une villa de Kiev juste après son arrestation en Ukraine.

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Acte 2. L’action se déroule cette fois en RDC (République Démocratique du Congo).

Scène 1. Présentation des faits en 10 points :


1) Le 28 mai 2012,  la BBC lance une dépêche diffamatoire  intitulée : "Le Rwanda alimente la rébellion en République Démocratique du Congo". [voir ici la dépêche en anglais]

2) La source serait  un rapport interne de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco).

3) La BBC dit qu’elle a eu accès au rapport  confidentiel de la Mission des Nations Unies.

4) La BBC prétend que ce rapport accuse le Rwanda de fournir des armes et des soldats au mouvement rebelle M23 dans l’Est de la RDC (*)

5) Des jeunes rwandais inexpérimentés, tous étudiants, auraient été recrutés au Rwanda, sur un marché, puis envoyés en République Démocratique du Congo, pour combattre aux côtés des rebelles du mouvement de guérilla M23 opposés à  l’armée régulière congolaise.

6) Le  témoignage des jeunes rwandais aurait été recueilli par la mission des Nations après leur désertion des rangs de la rébellion.

7) La BBC parle de 11 jeunes rwandais (Hutu et Tutsi) dont un mineur.

8) Le journaliste de la BBC sans apporter de preuves ou de précisions dit que l’armée congolaise disposerait de témoignages similaires, il parle de confidences faites "off the record" et donc invérifiables.

9) Il est dit à la fin du reportage qu’à la suite du génocide rwandais 1 million de personnes se sont réfugiées dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Le journaliste ne précise rien de plus, les spectateurs non informés peuvent donc comprendre qu’il s’agit de victimes du génocide (Ce qui n’est évidemment pas le cas).

10) Le journaliste de la BBC auteur du reportage à charge contre le Rwanda est… Gabriel Gatehouse  (le journaliste controversé de l’affaire Abu Sisi rappelée plus haut). 

Scène 2. Retournement de situation.

a) Les jeunes rwandais interrogés dans un deuxième temps contestent la version du reportage de la BBC et affirment qu’ils ont été manipulés.

b) La Monusco (mission des Nations Unies en RDC) effrayée par la bavure se rétracte, nie toute accusation  et affirme qu’elle ne dispose en fait d’aucune preuve d’une quelconque implication du Rwanda. 

Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères de la République du Rwanda, estime que les seuls bénéficiaires des rumeurs diffamatoires propagées récemment contre le Rwanda, sont les milices terroristes du FDLR, basées en RDC (et formées d’anciens génocidaires en fuite). Le rôle et l’agenda de l’ONG  Human Right Watch dans la propagation des rumeurs diffamatoires est également pointé.  Selon Louise Mushikiwabo : " Les propos irresponsables de lobbyistes tels que Human Rights Watch  ne sont pas moins dangereux que les balles ou les machettes".

Partout dans le monde les mêmes causes produisent les mêmes effets (voir ici).

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(*) La rébellion M23 est dirigée par colonel Sultani Makenga qui a déserté l’armée de RDC pour dit-il défendre la communauté Tutsi du nord Kivu, d’où l’amalgame facile avec le Rwanda pourtant hors de cause. Le Rwanda avait d’ailleurs arrêté  en 2009 le général Laurent Nkunda, dont l’actuel  mouvement rebelle M23 est en quelque sorte l’héritier. Le M23 est basé dans le territoire de Rutshuru dans le Nord Kivu en RDC, près des frontières rwandaises et ougandaises.

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