Le rapport de la mission de l’ONU en RDC a embrasé la zone des Grands Lacs, créé des tensions graves dans la région, ravivé les haines et les violences inter-ethniques et in fine entraîné la suspension de l’aide au Rwanda par plusieurs pays occidentaux dont les USA, l’Allemagne et les Pays-Bas. Ce rapport infondé accuse en effet le Rwanda d’avoir enfreint l’embargo sur les armes décrété par le Conseil de Sécurité et de soutenir la rébellion congolaise Tutsi en République Démocratique du Congo.
Le cachet du Conseil de Sécurité apposé sur le rapport a emporté l’adhésion de la Communauté Internationale en l’absence de contrôle ou de contre-expertise critique. Il est probable que peu de personnes, et encore moins de vrais experts, aient réellement analysé en profondeur ce rapport d’un genre très particulier.
Les travaux présentés ont été effectués par 6 "experts" dont le parcours et les critères de recrutement peuvent susciter certaines interrogations (voir ici). Tous ne semblent pas forcément disposer de qualifications scientifiques, militaires ou forensiques vérifiables. Ils sont avant tout des pros d’ONG, comme Amnesty International , Pax Christi ou encore le centre jésuite européen et social. Sans parler du principe sine qua non de leur neutralité et de leur indépendance réelle qui reste à démontrer.
Et puis il y a l’abondance de sources auxquelles se réfère le rapport. Des experts de l’Humint (renseignement humain) s’arracheraient les cheveux en parcourant ce document dont l’amateurisme est à peine croyable. On ignorait qu’il puisse y avoir tant de sources, toutes plus floues les unes que les autres, verbatim :
"Des sources ont indiqué"
"Selon des sources du renseignement congolais"
"Des sources au sein des FARDC"
"Les mêmes sources"
"Plusieurs sources proches des FARDC"
"Les sources relevant des forces armées congolaises"
"Selon des sources du secteur minier"
"D’après des sources des Nations-Unies"
"Par des sources au sein de l’APCLS"
"D’après des sources"
"Le Groupe a reçu de diverses sources"
"Trois sources considérées par le Groupe comme indépendantes"
"Par des sources extérieures"
"Plusieurs sources proches des responsables de l’opposition"
"Des sources de la société civile"
"Selon des sources militaires"
"Des sources au sein des services de renseignement"
Par ailleurs, ces "experts" n’apparaissent nommément à aucun moment dans le rapport sur la base de leurs qualifications ou de leur expertise individuelle supposée, mais une cinquantaine de fois dans l’additif en français sous le terme orwellien “le Groupe”. Chaque action décrite dans le rapport est ainsi attribuée au “Groupe” :
- Le Groupe a photographié des armes
- Le Groupe a communiqué régulièrement avec plusieurs agents actifs
- Le Groupe a élevé la norme à cinq sources
- le Groupe a rassemblé des informations sur l’appui militaire
- Le Groupe a également trouvé des preuves
- Le Groupe a interrogé
- Le Groupe s’est entretenu avec 30 ressortissants rwandais
- Des réfugiés congolais au Rwanda ont informé le Groupe
- Le Groupe s’est entretenu avec deux garçons de quinze ans
- Le Groupe a interviewé deux anciens soldats
- Le Groupe a interrogé des trafiquants
- Le Groupe a photographié un déserteur
- le Groupe s’est procuré une boîte de munitions
- Groupe a établi que des responsables rwandais ont passé de nombreux coups de téléphone
- le Groupe a systématiquement recueilli les témoignages d’anciens combattants
- le Groupe a identifié ces individus sur la base d’au moins cinq sources crédibles
- le Groupe a recueilli des preuves indiquant que des responsables rwandais ont apporté leur soutien
- Balumisa a informé le Groupe
- le Groupe a pu constater les tentatives des FDR
- Le Groupe a obtenu d’un membre de l’UCDD un message texte
- Le Groupe continuera à enquêter sur ces allégations
Et puis avec une morgue et une arrogance "le Groupe" prend de haut le gouvernement du Rwanda :
- Le Groupe n’a reçu aucune réponse ou explication officielle du Gouvernement rwandais.
- Le Groupe a déployé des efforts considérables pour entamer un dialogue avec le Gouvernement rwandais.
- Le Groupe est désireux d’accepter une telle invitation et s’engage à clarifier ou à rectifier toute information contenue dans cet additif ainsi qu’à ajouter toute réponse écrite officielle émanant du Gouvernement rwandais en annexe au rapport final qu’il présentera au Comité en octobre 2012.
Il n’est pas sûr qu’il reste grand chose du rapport en octobre 2012, vu son caractère hautement fantaisiste dénoncé à maintes reprises par le Gouvernement Rwandais. A supposer que l’on finisse par prendre en compte ce que dit le Rwanda.
Aujourd’hui Louise Mushikiwabo la Ministre des Affaires Étrangères du Rwanda a demandé aux Pays occidentaux de cesser leur politique paternaliste à l’égard de l’Afrique, demandant à ce que soit mis un terme à cette relation de parents à enfants. Il y a un minimum de respect. Un minimum de respect, ce sont ses mots.
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On recommande donc la lecture attentive de l’additif en Français :
Additif au rapport d’étape du Groupe d’experts
Et du rapport d’étape du 21 juin 2012 en Français également :
Premier rapport d’Etape du 21 juin 2012
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Présentation du groupe de 6 "experts" :
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- Steve Hege (États-Unis, coordinateur et “expert des groupes armés”). Ce consultant indépendant, ancien du Jesuit European Social Centre, a mené deux missions en RDC pour le compte de l’ONG Refugees International. Il se définit également comme un collaborateur de l’ONG Peace Appeal (*). Il est "expert" de la Monusco depuis…2010. Steve Hege s’est également distingué par la publication d’écrits révisionnistes et pro-génocidaires en 2009 Steve Hege -Understanding the FDLR in The DR Congo-Fact-Sheet-Feb-09
- Marie Plamadiala (Moldavie, “experte des douanes et de l’aviation”). Pas de traces de travaux antérieurs.
- Ruben de Koning, ancien du SIPRI (Pays-Bas, “expert en ressources naturelles”). C’est un ancien du Centre pour la recherche forestière Internationale (CIFOR), au Cameroun. Il a publié What warriors want : young men’s perspectives on armed violence, peace and development (Pax Christi Netherlands, Utrecht, 2005).
- Steven Spittaels (Belgique, ” expert financier”), consultant indépendant, se présente comme directeur de l’ ONG International Peace Information Service (IPIS). Il est l’auteur d’une recherche effectuée pour le compte d’ Union Européenne sur le secteur minier dans le Kivu.
- Nelson Alusala (Kenya, “expert en armement”), titulaire d’un doctorat en sciences politiques de l’université de Prétoria, Chercheur à l’ISS, l’Institut des Etudes de Sécurité.
- Emilie Serralta (France, “experte en questions régionales). Consultante free-lance, ancienne permanente d’Amnesty International , puis de Global Witness après un passage rapide par la Cour pénale internationale. (**)
(*) Il y a deux ans Steve Hege se distinguait déjà par des analyses hostiles au Rwanda, voici un extrait :
"Après que le Rwanda eût occupé tout l’est du Congo (1998-2002) puis y soutint, par procuration, des groupes rebelles pendant de nombreuses années, un grand nombre de Congolais ont peur de ce qu’ils perçoivent comme des tentatives de repeupler les Kivu avec des communautés loyales au commandement du CNDP et à certains de ses sympathisants au Rwanda. Le CNDP et le gouvernement rwandais ont nié des accusations selon lesquelles il se trouve plus de 150 000 réfugiés non enregistrés vivant hors des camps, et dont le retour éventuel ne serait pas suivi par UNHCR puisque son mandat ne concerne que ceux qui sont établis dans les camps. Déjà, certains signes crédibles semblent indiquer que des officiers du CNDP ont facilité l’installation dans les Kivu de citoyens rwandais affirmant faussement être des réfugiés congolais retournant chez eux spontanément. Alors que les CPL devraient pouvoir gérer les populations des camps, les controverses relatives à la nationalité des autres populations pourraient bel et bien dépasser leurs capacités."
Il écrivait également dans un rapport d’étape remis en 2010 à la Monusco :
"Le Groupe d’experts note à cet égard – et poursuivra ses enquêtes à ce sujet – les informations selon lesquelles des citoyens rwandais se trouvent parmi les « réfugiés congolais » actuellement de retour dans l’est de la RDC en provenance du Rwanda, accompagnés dans certains cas par du bétail protégé par des éleveurs armés."
(**) En 2010 Emilie Serralta exprimait déjà des positions négatives sur les mouvements Tutsi congolais :
"Emilie Serralta a enquêté sur le terrain. Elle explique que « dans certaines parties du territoire du Nord-Kivu, le CNDP opère, comme à son habitude, une administration parallèle, où il prélève des taxes entre autres, et que dans ces territoires-là – en particulier le Masisi – le gouvernement a très peu de capacité de contrôle et de pouvoir.»
A noter, la disparation des effectifs du Groupe d’un expert nommé Fred Robarts, collaborateur du Guardian et du The Financial Times, le seul à afficher une vraie biographie en ligne, et à faire preuve d’un franc parler pas vraiment politiquement correct pour l’ONU, comme lorsqu’il mentionne avec ironie les T shirts arborés à l’ambassade US à Kinshasa, "‘I survived the Heart of Darkness.’,hum, hum," j’ai survécu au Cœur des Ténèbres" fine allusion au livre éponyme de Joseph Conrad. On parlait de respect, justement.
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Yves-Marie SENAMAUD
29 juillet 2012
En essayant de rester dans le cadre des règles de déontologie commune et en essayant de veiller au strict respect de la loi sur la liberté de la presse, un Le Groupe de quoi vous dites ? Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, ces "Le Groupe" ne sont ni des aigles ni des faucons dans ce poulailler Le Machin ONU ! ;-)
yan
29 juillet 2012
"Louise Mushikiwabo la Ministre des Affaires Étrangères du Rwanda a demandé aux Pays occidentaux de cesser leur politique paternaliste à l’égard de l’Afrique, demandant à ce que soit mis un terme à cette relation de parents à enfants."
Visiblement, au delà même de la pertinence de ce rapport qui soulève en effet des doutes, la ministre peut constater que la fin de la politique qu’elle dénonce a commencée… avec la fin de l’argent de poche…
Il y a forcément des raisons et un but derrière tout ceci. Les connaitre serait assez éclaircissant?
NANOJV JOINT VENTURES CONSTRUCTOR
29 juillet 2012
Merci Yan de reconnaître que ce rapport soulève des doutes. C’est le moins que l’on puisse dire. S’agissant de la remarque de Louise, elle n’a pas d’autre but que de rappeler aux uns et autres les valeurs communes, dont le respect est l’une des composantes. Votre remarque sur l’argent de poche est amusante si l’on regarde la situation de l’occident totalement surendetté, avec certains pays qui déjà s’abaissent à tendre quotidiennement la sébile, incapables de rembourser leur dette en milliards d’€, sans parler de la dette du passé à l’égard de l’Afrique…Inchiffrable hélas.
Mais le meilleur est à venir pour les donneurs de leçons : http://nanojv.wordpress.com/2011/08/22/2013-crise-roubini/
biggwi
29 juillet 2012
Si vous suivez RFI, vous ne pouvez avoir manqué la Chronique Mamane, avec le Gondwanais lambda. Dans l’une, le gondwanais vitupère et méprise en son for intérieur,
ces agents d’ONG, qui dans leur 4×4 climatisé, le croisent, le laissant dans un nuage de poussière : « Ils font les grands Messieurs, mais ils oublient que c’est avec notre pétrole qu’ils roulent dans cette jeep achetée aux japonais, avec l’argent de notre pétrole.
Et, pour éviter de trébucher en rentrant chez lui dans l’obscurité totale, il doit se repérer et longer le pipe line qui amène son pétrole vers d’autres cieux. Gondwana City, sa capitale poussiéreuse, n’a ni routes, ni électricité.
Il y a du Gondwanais dans tous les pays africains ; il en est qui souhaiteraient retourner à l’époque bénie de la colonisation ; à cette époque, n’avaient-ils au moins trois repas par jour.
Et il y eut le génocide des tutsi, qu’ils furent les seuls à combattre et à arrêter, tout en réprimant toute velléité de vengeance. Et là, subjugué, le monde découvrit un peuple différent, un peuple à part. Il s’en suivit un état de grâce, que le Rwanda mit à profit, pour
se reconstruire de ses cendres.
Mais ce génocide épisodique, qui a culminé en 1994, n’est-il la conséquence de cette différence, dans le chef de ceux qui l’ont conçu et fait exécuter par ceux à qui, il leur était plus facile de manipuler. Dois-je rappeler que l’occupant belge a toujours refusé aux tutsi de se doter d’une armée et par delà, des moyens de sa propre défense ; N’était-ce à dessein. C’est la force publique congolaise qui s’en occupait.
L’état de grâce fut de courte durée ; la crise qui frappe l’occident n’y est sans doute pas étrangère. L’allié qu’on disait le plus sûr, n’a plus deux cents mille dollars en caisse. Ce fut du pain béni, pour ceux qui étaient criblés de dette.
Ils ne savent à quels saints se vouer, comment assurer ces acquis sociaux, grâce aux quels, ils vivent au dessus de leur moyen. Et ils se souvinrent alors du Gondwana ; no man’s land réservoir, à qui il faut éviter toute contamination libératrice à la rwandaise et qui peut leur permettre de se refaire une santé.
Et toute honte bue, ils reprochent au Rwanda de servir de mauvais exemple, quant à l’utilisation de ses propres ressources à se tirer d’affaire. Il faut laisser au Gondwanais dans sa misère, la satisfaction d’imaginer qu’il est source de prospérité, pour tous ces grossiers personnages de la terre entière. Et pour des raisons évidentes, le Gondwana revient au centre de leur préoccupation ; quitte à renvoyer le Rwanda dans la tourmente.
NANOJV JOINT VENTURES CONSTRUCTOR
29 juillet 2012
Vu à l’ambassade US à Kinshasa les T shirts “‘I survived the Heart of Darkness.’,j’ai survécu au Cœur des Ténèbres”. C’est d’un goût…Les Gondwanais apprécieront.