Orwellien. Le rapport de la mission de l’ONU au Congo n’a pas été écrit par des experts mais par "LE GROUPE"

Publié le 29 juillet 2012

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Monusco LE GROUPE reference a Orwell

Le rapport de la mission de l’ONU en RDC a embrasé la zone des Grands Lacs, créé des tensions graves dans la région, ravivé les haines et les violences inter-ethniques  et in fine entraîné la suspension de l’aide au Rwanda par plusieurs pays occidentaux dont les USA, l’Allemagne et les Pays-Bas. Ce rapport infondé accuse en effet le Rwanda d’avoir enfreint l’embargo sur les armes décrété par le Conseil de Sécurité et  de soutenir la rébellion congolaise Tutsi en République Démocratique du Congo. 

Le cachet du Conseil de Sécurité apposé sur le rapport a emporté l’adhésion de la Communauté Internationale en l’absence de contrôle ou de contre-expertise critique. Il est probable que peu de personnes, et encore moins de vrais experts,  aient réellement analysé en profondeur ce rapport d’un genre très particulier.

Les travaux présentés ont été effectués par 6 "experts" dont le parcours et les critères de recrutement peuvent susciter certaines interrogations (voir ici). Tous ne semblent pas forcément disposer de qualifications scientifiques, militaires  ou forensiques vérifiables.  Ils sont avant tout des pros d’ONG,  comme Amnesty International , Pax Christi ou encore  le centre jésuite européen et social. Sans parler du principe sine qua non de leur neutralité et de leur indépendance réelle qui reste à démontrer.

Et puis il y a l’abondance de sources auxquelles se réfère le rapport.  Des experts de l’Humint (renseignement humain) s’arracheraient les cheveux en parcourant ce document dont l’amateurisme est à peine croyable. On ignorait qu’il puisse y avoir tant de sources,  toutes plus floues les unes que les autres, verbatim : 

"Des sources ont indiqué"
"Selon des sources du renseignement congolais"
"Des sources au sein des FARDC"
"Les mêmes sources"
"Plusieurs sources proches des FARDC"
"Les sources relevant des forces armées congolaises"
"Selon des sources du secteur minier"
"D’après des sources des Nations-Unies"
"Par des sources au sein de l’APCLS"
"D’après des sources"
"Le Groupe a reçu de diverses sources"
"Trois sources considérées par le Groupe comme indépendantes"
"Par des sources extérieures"
"Plusieurs sources proches des responsables de l’opposition"
"Des sources de la société civile"
"Selon des sources militaires"
"Des sources au sein des services de renseignement"

Par ailleurs, ces "experts" n’apparaissent nommément à aucun moment dans le rapport sur la base de leurs qualifications ou de leur expertise individuelle supposée, mais une cinquantaine de fois dans l’additif en français sous le terme orwellien “le Groupe”.  Chaque action décrite dans le rapport est ainsi attribuée au “Groupe” :

  • Le Groupe a  photographié des armes
  • Le Groupe a communiqué régulièrement avec plusieurs agents actifs
  • Le Groupe a élevé la norme à cinq sources
  • le Groupe a rassemblé des informations sur l’appui militaire
  • Le Groupe a également trouvé des preuves
  • Le Groupe a interrogé
  • Le Groupe s’est entretenu avec 30 ressortissants rwandais
  • Des réfugiés congolais au Rwanda ont informé le Groupe
  • Le Groupe s’est entretenu avec deux garçons de quinze ans
  • Le Groupe a interviewé deux anciens soldats
  • Le Groupe a interrogé des trafiquants
  • Le Groupe a photographié un déserteur
  • le Groupe s’est procuré une boîte de munitions
  • Groupe a établi que des responsables rwandais ont passé de nombreux coups de téléphone
  • le Groupe a systématiquement recueilli les témoignages d’anciens combattants
  • le Groupe a identifié ces individus sur la base d’au moins cinq sources crédibles
  • le Groupe a recueilli des preuves indiquant que des responsables rwandais ont apporté leur soutien
  • Balumisa a informé le Groupe
  • le Groupe a pu constater les tentatives des FDR
  • Le Groupe a obtenu d’un membre de l’UCDD un message texte
  • Le Groupe continuera à enquêter sur ces allégations

Et puis avec une morgue et une arrogance "le Groupe" prend de haut le gouvernement du Rwanda :

  • Le Groupe n’a reçu aucune réponse ou explication officielle du Gouvernement rwandais.
  • Le Groupe a déployé des efforts considérables pour entamer un dialogue avec le Gouvernement rwandais.
  • Le Groupe est désireux d’accepter une telle invitation et s’engage à clarifier ou à rectifier toute information contenue dans cet additif ainsi qu’à ajouter toute réponse écrite officielle émanant du Gouvernement rwandais en annexe au rapport final qu’il présentera au Comité en octobre 2012.

Il n’est pas sûr qu’il reste grand chose du rapport en octobre 2012,  vu son caractère hautement fantaisiste dénoncé à maintes reprises par le Gouvernement Rwandais.  A supposer que l’on finisse par prendre en compte ce que dit le Rwanda.

Aujourd’hui Louise Mushikiwabo la Ministre des Affaires Étrangères du Rwanda a demandé aux Pays occidentaux de cesser leur politique paternaliste à l’égard de l’Afrique,  demandant à ce que soit mis un terme à cette relation de parents à enfants.  Il y a un minimum de respect. Un minimum de respect, ce sont ses mots.

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Copyright NanoJV

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On recommande donc la lecture attentive de l’additif en Français :

Additif au rapport d’étape du Groupe d’experts

Et du rapport d’étape du 21 juin  2012 en Français également  :

Premier rapport d’Etape du 21 juin 2012

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Présentation du groupe de 6 "experts" :

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  • Steve Hege (États-Unis, coordinateur et “expert des groupes armés”). Ce consultant indépendant, ancien du Jesuit European Social Centre, a mené deux missions en RDC pour le compte de l’ONG Refugees International. Il se définit également comme un collaborateur  de l’ONG  Peace Appeal (*).  Il est "expert" de la Monusco depuis…2010. Steve Hege s’est également distingué par la publication d’écrits révisionnistes et pro-génocidaires en 2009 Steve Hege -Understanding the FDLR in The DR Congo-Fact-Sheet-Feb-09
  • Marie Plamadiala (Moldavie, “experte des douanes et de l’aviation”). Pas de traces de travaux antérieurs.
  • Ruben de Koning, ancien du SIPRI  (Pays-Bas,  “expert en ressources naturelles”).  C’est un ancien du Centre pour la recherche forestière Internationale (CIFOR), au Cameroun. Il a  publié What warriors want : young men’s perspectives on armed violence, peace and development (Pax Christi Netherlands, Utrecht, 2005).
  • Steven Spittaels (Belgique, ” expert financier”), consultant indépendant, se présente comme directeur de l’ ONG International Peace Information Service (IPIS). Il est l’auteur d’une recherche effectuée pour le compte d’ Union Européenne sur le secteur minier dans le Kivu.
  • Nelson Alusala (Kenya, “expert en armement”), titulaire d’un doctorat en sciences politiques de l’université de Prétoria, Chercheur à l’ISS, l’Institut des Etudes de Sécurité.
  • Emilie Serralta (France, “experte en questions régionales). Consultante free-lance, ancienne permanente d’Amnesty International , puis de Global Witness après un passage rapide par la Cour pénale internationale.  (**)

(*)  Il y a deux ans Steve Hege se distinguait déjà par des analyses  hostiles au Rwanda, voici un extrait :

"Après que le Rwanda eût occupé tout l’est du Congo (1998-2002) puis y soutint, par procuration, des groupes rebelles pendant de nombreuses années, un grand nombre de Congolais ont peur de ce qu’ils perçoivent comme des tentatives de repeupler les Kivu avec des communautés loyales au commandement du CNDP et à certains de ses sympathisants au Rwanda. Le CNDP et le gouvernement rwandais ont nié des accusations selon lesquelles il se trouve plus de 150 000 réfugiés non enregistrés vivant hors des camps, et dont le retour éventuel ne serait pas suivi par UNHCR puisque son mandat ne concerne que ceux qui sont établis dans les camps. Déjà, certains signes crédibles semblent indiquer que des officiers du CNDP ont facilité l’installation dans les Kivu de citoyens rwandais affirmant faussement être des réfugiés congolais retournant chez eux spontanément. Alors que les CPL devraient pouvoir gérer les populations des camps, les controverses relatives à la nationalité des autres populations pourraient bel et bien dépasser leurs capacités."

Il écrivait également dans un rapport d’étape remis en 2010 à la Monusco :

"Le Groupe d’experts note à cet égard – et poursuivra ses enquêtes à ce sujet – les informations selon lesquelles des citoyens rwandais se trouvent parmi les « réfugiés congolais » actuellement de retour dans l’est de la RDC en provenance du Rwanda, accompagnés dans certains cas par du bétail protégé par des éleveurs armés."

(**) En 2010 Emilie Serralta exprimait déjà des positions négatives sur les  mouvements Tutsi congolais  :

"Emilie Serralta a enquêté sur le terrain. Elle explique que « dans certaines parties du territoire du Nord-Kivu, le CNDP opère, comme à son habitude, une administration parallèle, où il prélève des taxes entre autres, et que dans ces territoires-là – en particulier le Masisi – le gouvernement a très peu de capacité de contrôle et de pouvoir.»

A noter, la disparation des effectifs du Groupe d’un expert nommé Fred Robarts, collaborateur du Guardian et du The Financial Times, le seul à afficher une vraie biographie en ligne,  et à faire preuve d’un franc parler pas vraiment politiquement correct pour l’ONU, comme lorsqu’il mentionne avec ironie les T shirts arborés à l’ambassade US à Kinshasa, "‘I survived the Heart of Darkness.’,hum, hum," j’ai survécu au Cœur des Ténèbres" fine allusion au livre éponyme de Joseph Conrad. On parlait de respect, justement.

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