Ibuka. Souviens-toi. L’organisation sœur de Yad-Vashem demande à l’ONU de prendre des mesures immédiates à l’encontre du coordinateur des experts du Conseil de Sécurité au Congo. Cela fait des jours que le Rwanda est sous le choc depuis la découverte des écrits de l’expert de l’ONU. Prenant le point de vue des génocidaires, il renvoie dos à dos victimes et bourreaux. N’hésitant pas a faire sienne la rhétorique de ces derniers lorsqu’il qualifie le Gouvernement Rwandais d’élite Tutsi ougandaise. Pour mieux signifier que les Tutsi seraient des étrangers dans leur propre pays. L’ONU pour sa part n’a pas encore réagi.
En illustration de l’absence apparente de sensibilité du Secrétariat Général sur cette question nous commentions hier la (non)-réponse essentiellement gestuelle du porte-parole de l’ONU soudain frappé de bégaiement. Le point fort de la réponse étant: "next question please, question suivante s’il vous plaît. "
Le scandale de l’expert révisionniste est d’autant plus choquant que cette personne a non seulement été nommée dans le cadre d’une procédure de sélection minutieuse impliquant les États-Unis (l’expert est un citoyen américain) mais également adoubée par les plus hautes autorités des Nations-Unies. La lettre de nomination étant in fine signée par Ban Ki Moon en personne.
Plus grave, le personnage en question a fait l’objet d’une promotion au cours de ces derniers mois, le faisant passer de simple expert à coordinateur du Groupe de 6 experts sur la République Démocratique du Congo.
Parallèlement à l’insulte et à la blessure ressentie par les survivants du Génocide, la nomination du coordinateur a eu pour effet d’infléchir considérablement le contenu des rapports remis au Conseil de Sécurité.
Ainsi, fin 2011 alors qu’un autre coordinateur (aujourd’hui remercié) pilotait le Groupe [1], le rapport final du Groupe d’experts dénonçait abondamment les milices Hutu génocidaires stationnées au Congo : les FDLR, principal groupe terroriste en Afrique. Il était fait référence aux trafics de drogue organisé par ces milices et à leurs importantes monnaies d’échanges. Des ressources colossales leur permettant de se procurer en quantité l’armement nécessaire à leurs activités terroristes auprès d’une l’armée congolaise présentée comme affaiblie indisciplinée et désorganisée. Mais voici une citation extraite du rapport de 2011 parmi des dizaines de pages à l’identique :
"Les groupes armés continuent de s’approvisionner en armes, munitions et uniformes auprès des FARDC (ndlr : l’armée congolaise). Les fuites de matériel provenant des stocks des FARDC, que ce soit par l’entremise de troc, de transactions plus conséquentes, d’abandons ou de saisies sur le champ de bataille, sont répandues et le plus souvent non contrôlées. Les armes qui sont propriété de l’État ne sont ni marquées ni enregistrées avant d’être distribuées.
Des ex-combattants ont dit au Groupe d’experts que les FDLR se procuraient plus de 95 % de leurs armes et munitions par l’intermédiaire des FARDC. Il n’existe aucun réseau de détournement à proprement parler, mais les FDLR profitent de l’indiscipline générale et de la quasi-absence de contrôle des stocks. Une fois que les commandants rebelles ont approuvé les conditions de vente, les munitions sont centralisées et redistribuées. Les FDLR troquent souvent des munitions contre de la viande de brousse, du cannabis ou des minerais."
Au moment de la rédaction de ce précédent rapport en 2011, l’expert révisionniste était fondu dans le groupe et attendait patiemment son heure. Après sa promotion en tant que coordinateur en 2012 [2], le ton et le contenu du rapport a soudainement changé pour se focaliser presque exclusivement sur le Rwanda accusé de soutenir un petit mouvement mutin Tutsi de quelques centaines de membres très déterminés.
Le nouveau coordinateur ne pouvait ignorer qu’au Congo les groupes rebelles de toutes obédiences se procurent leurs armes auprès des FARDC (l’armée congolaise). Que ce soit comme il était écrit sous le sceau du Conseil de Sécurité :
par l’entremise de troc, de transactions plus conséquentes, d’abandons ou de saisies sur le champ de bataille (un point confirmé en direct sur la vidéo suivante filmée il y a quelques jours seulement)
Le tout étant facilité par l’indiscipline générale, la quasi-absence de contrôle des stocks et le fait que "les armes ne sont ni marquées ni enregistrées avant d’être distribuées." pour reprendre les termes exacts du rapport final de 2011.
Or c’est précisément sur ce flou que le nouveau rapport de 2012 a construit son accusation contre le Rwanda. La saisie de quelques munitions d’origine indéterminée a permis au Groupe d’experts d’accuser le Rwanda sur la base de recoupements fantaisistes de multiples sources hostiles à Kigali.
La manipulation a pris d’autant mieux que le rapport a été précédé d’une campagne de rumeurs venant de l’ONU au Congo. Il n’est pas nécessaire d’être voyant extra-lucide pour savoir qui précisément était la source anonyme de ces fuites ni quel en était le mobile.
La Communauté Internationale a sauté sur l’occasion pour faire la leçon aux autorités de Kigali dont les succès sont loin de plaire à tout le monde y compris à ses propres alliés, eux-mêmes habitués à des supplétifs africains beaucoup plus dociles et manipulables. L’histoire aurait pu s’arrêter là et déboucher sur la condamnation du Pays de Mille Collines à rentrer dans le rang et à se soumettre aux diktats de ses bailleurs de fond.
C’était sans compter sur la fierté et la force des Rwandais, à commencer par le Premier d’entre eux Paul Kagame qui a lancé : si nous avions soutenu le mouvement rebelle au Congo nous l’aurions dit, il n’y a pas de raison de se cacher. Mais nous ne l’avons pas fait. Une déclaration faite devant tout son État Major réuni lors de l’inauguration du Collège de commandement et d’état-major de Nyakinama, le 23 juillet dernier.
Les Rwandais et la Diaspora ont immédiatement réagi aux accusations en les renversant. Car comme l’a dit très justement Paul Kagame, les coupables sont les accusateurs eux-mêmes.
Puis des craquements sont apparus dans le rapport, l’identité révisionniste du coordinateur a été découverte. Ses écrits ont été exhumés et commentés bien qu’il ait tenté de les faire disparaître et de les effacer définitivement. Avec un grand sang-froid et beaucoup de retenue, compte tenu de la situation, le Gouvernement Rwandais a répondu point par point aux accusations du rapport démontrant les erreurs factuelles, les amalgames et les incohérences flagrantes qui émaillent chaque paragraphe.
En final rien ne tient. Absolument rien. Ne reste que la marque de l’une des plus vastes tentatives de guerre psychologique jamais lancée contre un État membre des Nations Unies. Avec en pilotage de l’opération qui s’est retournée contre ses auteurs, un expert révisionniste.
A suivre.
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Copyright NanoJV (reproduction non autorisée)
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[1] En 2011 le Groupe d’experts est formé de [Fred Robarts (coordinateur); Nelson Alusala ; Ruben de Koning ; Steven Hege ; Marie Plamadiala ; Steven Spittaels]
Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo decembre 2011
[2] En 2012 le Groupe d’experts se compose de [Steven Hege (coordinateur); Nelson Alusala ; Ruben de Koning ; Marie Plamadiala ; Steven Spittaels; Émilie Serralta]
Premier rapport d’Etape du 21 juin 2012
Additif au rapport d’étape du Groupe d’experts 2012
Reponse du Gouvernement Rwandais au Rapport du Groupe d’Experts de la Monusco
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Publié le 9 août 2012
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